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CFDT Crédit Agricole Languedoc

Laurent Berger : « Je veux la réussite de ce quinquennat »

27 Mars 2019, 00:16am

Publié par CFDT CA Languedoc

Laurent Berger : « Je veux la réussite de ce quinquennat »

LE PARISIEN WEEK-END. Le secrétaire général de la CFDT, première organisation syndicale de France, tend la main au président de la République pour « réussir la sortie du Grand débat ».

De l’ombre à la lumière. Militant CFDT dès ses années étudiantes, pur produit du syndicalisme, Laurent Berger, 50 ans, n’a jamais cherché à occuper le devant de la scène. Repéré en 2003 par François Chérèque, auquel il a succédé à la tête de l’organisation syndicale en 2012, il passait pour un homme courtois, discret, modéré. Trop modéré. Jusqu’à ce que le mouvement des Gilets jaunes donne du relief et de l’écho à son discours tempéré, à ses appels au calme et au dialogue.

 

Désormais incontournable, le nouveau numéro 1 du syndicalisme français entend s’imposer dans le débat politique et social. Et contraindre Emmanuel Macron à composer avec la CFDT et les corps intermédiaires.

 

La crise des Gilets jaunes, qui a éclaté le 17 novembre dernier, a pris tout le monde de court, y compris les responsables syndicaux. Que vous a-t-elle appris ?

LAURENT BERGER. Cette crise nous interpelle tous. Elle interroge aussi sur l’état du syndicalisme en France. Mais je sais depuis longtemps que, si l’on ne renforce pas notre présence auprès des travailleurs et qu’on ne repense pas nos pratiques afin qu’elles soient plus participatives, les syndicats peuvent disparaître. Ce qui vaut pour nos organisations vaut pour les partis politiques, comme pour l’exercice du pouvoir.

J’ai été surpris de la forme de cette révolte, par le symbole du gilet jaune. Mais les racines de cette colère, on les connaissait. On l’a vue venir ! En septembre dernier, j’ai prévenu qu’il y avait deux bombes à retardement dans notre pays : celle des inégalités et celle de la transition écologique. Dans cette crise, la CFDT a fait son travail, elle a élaboré des propositions.

 

Lorsque vous avez suggéré, au début de la crise, d’organiser une conférence sur la transition écologique, le Premier ministre Edouard Philippe vous a répondu « non » avec fermeté. Avez-vous repris contact ?

Disqualifier la société civile et les corps intermédiaires, dont les organisations syndicales, serait une erreur gravissime. Cela conduirait à une société tendue. Tout gouvernement a besoin des corps intermédiaires, et j’espère qu’aujourd’hui, au sein de l’exécutif, l’idée fait son chemin.

Le 12 mars, dans son discours devant le Conseil économique, social et environnemental, le Premier ministre a insisté sur le fait qu’il fallait « faire avec » nous. Ce n’est pas sur la légitimité des uns et des autres qu’il faut s’interroger, mais sur la façon dont on travaille les uns avec les autres.

 

Le Grand débat se termine, ses conclusions seront dévoilées fin mars, avec une intervention du président mi-avril. Qu’en attendez-vous ?

Il faut tracer un chemin, s’engager dans un processus, et pas seulement égrener une série de mesures. J’espère que nous serons entendus sur le pacte écologique et social que la CFDT porte avec 18 autres organisations (dont celle de Nicolas Hulot, NDLR).

L’une des priorités consiste à investir massivement dans la rénovation thermique des logements : c’est une mesure sociale (les gens qui vivent dans des passoires énergétiques sont souvent les plus fragiles), environnementale (le chauffage est l’une des principales causes d’émissions de gaz à effet de serre) et économique (parce qu’elle est créatrice d’emplois dans les territoires).

En ce qui concerne le monde du travail, il faut interroger les entreprises sur les aides publiques qu’elles obtiennent : comment les utilisent-elles ? Et sur le plan démocratique, je défends l’idée de budgets participatifs élaborés avec les citoyens pour mener certains projets. Il faut redonner à chacun le pouvoir de vivre et le pouvoir d’agir.

Face aux violences survenues lors des défilés des Gilets jaunes (ici, le 8 décembre 2018, à Paris), Laurent Berger a lancé un appel au calme. (Victor Lochon/Gamma-Rapho)

Face aux violences survenues lors des défilés des Gilets jaunes (ici, le 8 décembre 2018, à Paris), Laurent Berger a lancé un appel au calme. (Victor Lochon/Gamma-Rapho)

En lançant ce pacte qui ressemble à un programme politique, ne sortez-vous pas de votre rôle ?

Non, je ne joue aucun rôle politique. La CFDT, qui est devenue la première organisation syndicale en France, a toujours assumé d’être un acteur de la transformation sociale. C’est dans son ADN. Et mon action s’inscrit dans ce cadre-là.

 

Etes-vous devenu le premier adversaire d’Emmanuel Macron ?

Je ne suis ni un opposant ni un partisan du président. Je suis un syndicaliste. Je veux la réussite de son quinquennat. Si son gouvernement républicain échoue, vers quoi irons-nous ? Les populistes sont à nos portes, il faut faire attention.

La démarche de la CFDT est certes critique, mais constructive. En décembre, au plus fort de la crise et alors que cela pouvait vraiment mal tourner, j’ai appelé au calme. Je n’ai eu de cesse de dénoncer les tentations totalitaires dans le mouvement des Gilets jaunes.

La CFDT s’est investie dans le Grand débat. Nous avons été conviés aux quatre conférences, nous y avons porté nos idées. Nous avons joué le jeu, maintenant nous attendons de voir ce qu’il en ressortira.

 

Après que les organisations syndicales ont échoué à se mettre d’accord sur la réforme de l’assurance-chômage, Emmanuel Macron les a fustigées. Cela laisse-t-il des traces ?

Il faut toujours éviter la stigmatisation et les petites phrases. Je le lui ai fait savoir.

 

Vous avez du mal à vous parler... Comment l’expliquez-vous ? Est-ce dû à votre proximité avec François Hollande ?

Je n’ai plus de liens réguliers avec François Hollande. Je n’ai pas échangé avec lui depuis le début de la crise des Gilets jaunes. Et je n’ai aucun problème personnel avec Emmanuel Macron, je n’en ai jamais eu.

Nous avons des divergences de vues sur les politiques sociales, sur le rôle des corps intermédiaires et du syndicalisme ; ça, c’est vrai. Il estime que la place des organisations syndicales est dans l’entreprise, alors que nous pensons, nous, que nous avons aussi des choses à dire sur les réformes économiques et sociales du gouvernement. Mais cela ne signifie pas qu’on ne peut pas se parler !

 

L’avez-vous fait au cours de ces quatre mois ?

Je ne l’ai pas vu depuis le 10 décembre, quand il a réuni tous les partenaires sociaux. Il aurait peut-être été nécessaire qu’on se revoie. J’espère surtout que ce temps-là est venu. Si le président décide de réorienter notre modèle de développement pour l’inscrire dans une transition écologique juste pour tous et une société plus apaisée, la CFDT sera là. Jusqu’au dernier jour de son mandat, s’il nous invite à discuter, nous répondrons présent.

 

Quel regard portez-vous, personnellement, sur Emmanuel Macron ?

C’est un homme brillant, qui a du charisme et qui a réussi un coup incroyable en devenant président de la République. Il sait écouter, on l’a vu dans les débats. La question qui se pose maintenant est la suivante : est-il capable d’entendre ? Le risque de déception est énorme. Attention à ne pas revenir à un mode de gouvernance très vertical, où il jouerait directement « le peuple et moi ». Sinon, les crises reviendront en boomerang.

 

LA CFDT, LE SYNDICAT QUI MONTE

  • 1964 : création de la Confédération française démocratique du travail, née d’une scission avec la Confédération française des travailleurs chrétiens, fondée en 1919.
  • 2012 : à 44 ans, Laurent Berger est élu secrétaire général de la CFDT. Et réélu en 2014 et 2018.
  • 2018 : avec 623 802 adhérents, la CFDT devient la première organisation syndicale de France (devant la CGT).

 

Bruno Fert pour Le Parisien Week-End