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CFDT Crédit Agricole Languedoc

Laurent Berger (CFDT) : « Je n’ai jamais eu qu’une seule boussole : l’humain »

27 Septembre 2020, 23:46pm

Publié par CFDT CA Languedoc

Laurent Berger (CFDT) : « Je n’ai jamais eu qu’une seule boussole : l’humain »
« La France est à la croisée des chemins », écrit-il dans « Sortir de la crise. Agir vite. Penser loin » (Calmann-Lévy). Le secrétaire général de la CFDT y poursuit son plaidoyer pour la nuance et l’attention aux plus précaires.
 

Vous titrez votre livre « Sortir de la crise ». Beaucoup de Français, en cette rentrée, ont plutôt l’impression de s’y enfoncer. Dans quel état d’esprit êtes-vous ? Comme tout le monde, je suis inquiet face à toutes les incertitudes qui sont devant nous et, en même temps, je suis convaincu qu’il faut à la fois gérer l’urgence – préserver l’emploi, insérer les jeunes, protéger la santé des salariés… – et prendre conscience qu’il est temps d’en finir avec un modèle de développement qui n’est qu’une course en avant.

Il y a deux sources de dysfonctionnement dans notre pays : la question de l’écologie et celle d’inégalités extrêmement fortes. Tout cela mine notre pacte démocratique.


Vous rapportez cependant l’une de vos discussions avec l’historien Patrick Boucheron vous expliquant que « dans l’histoire, les événements les plus énormes n’ont pas toujours produit de profonds changements ». Les chocs n’ont pas toujours provoqué de sursaut, en effet. Pourtant, ce sursaut, il le faut. Il ne s’agit pas de vendre un idéal qui ne serait pas mobilisateur, mais au contraire de gérer les situations d’urgence tout en inventant un autre modèle. Cela nécessite notamment une rupture radicale sur la question de la redistribution des richesses. Il y a des choix à faire.

Crise sanitaire, crise sociale, permanence de la menace terroriste… On vit dans une société sans cesse bousculée. Quelle doit être la boussole ? Moi, je n’ai jamais eu qu’une seule boussole : ce sont les valeurs. Quel type de société entendons-nous construire ? « Met-on l’humain au centre ? » est la seule question qui vaille. Je peux comprendre les mécontentements suite à certaines décisions, mais à partir du moment où des spécialistes – moi, je ne suis pas médecin, je ne suis pas épidémiologiste – évoquent des risques sanitaires, il faut chercher des solutions dans le dialogue et la concertation. Et gérer les conséquences, c’est-à-dire aider tous ceux qui vont être impactés par les nouvelles mesures annoncées.


Trop de commentateurs, trop peu d’acteurs sur le terrain, regrettez-vous. Je crains que cette période de crise se double d’une crise de responsabilité, de la part de politiques, de syndicats, d’associations, de médias…

Je crains que des personnes préfèrent l’art du commentaire un peu facile à l’exercice de la complexité.

Or, ce à quoi nous avons à faire face de plus en plus, c’est complexe. Cela ne veut pas dire qu’on ne peut rien faire, mais que la confrontation des idées doit viser la quête de solutions.


Vous appelez d’ailleurs à plus de « civilité dans le débat public ». Oui, car le débat d’idées consiste trop souvent à tenter de disqualifier celui qui ne pense pas comme soi. Il faut argumenter.

 

Je suis effaré, même effrayé parfois, de l’hystérisation du débat public, cette incapacité à poser les choses dans leur complexité.

« Met-on l’humain au centre ? » est la seule question qui vaille. Photo AFP

Pourquoi devrait-on être soit trop mou, soit trop dur ? La nuance, c’est l’exercice de l’intelligence, disait Camus.


La CFDT traîne cette image de syndicat trop arrangeant… Toute société démocratique, en raison des intérêts divergents qui la traversent, ne peut se construire que sur deux piliers : le respect de la majorité et la recherche d’une issue positive par le compromis.

Être les gagnants à 100 %, ça ne marche pas. Dans le monde du travail, quand on cherche à ce qu’il y ait un perdant et un gagnant, souvent, le perdant, c’est le travailleur.


Vous dites que les syndicats sont mortels. Le numéro 1 de l’Unsa vous répond qu’ils sont mourants. Non, le syndicalisme n’est pas du tout mourant. Nous venons, à la CFDT, de vivre trois jours de mobilisation en ouvrant des points éphémères un peu partout pour aider concrètement les salariés. Nos militants sont à l’œuvre. Le syndicalisme se doit plus que jamais d’être utile aux salariés. Et être utile, ce n’est pas simplement proférer des slogans.


Pourquoi avez-vous ressenti le besoin, dès le début de votre livre, de vous justifier sur votre engagement qui ne cacherait pas une ambition politique ? Parce qu’on n’a pas arrêté de me poser la question ! Je suis un militant, je le resterai sans doute toute ma vie. On peut essayer de changer le monde sans forcément se présenter à des élections politiques. Je ne brigue pas de poste !

Réforme des retraites, du hors sujet ? « Oui, il n’est pas nécessaire d’en rajouter dans la tension ».

Télétravail : pas fan du 100 %. « Je peux comprendre que, dans certaines situations, cela soit une aspiration. Mais je crois que le travail, c’est au-delà de l’application d’une tâche de production ou de services. C’est de la coopération, du lien social, de l’émancipation collective. On peut m’objecter que cela peut se faire par visio. Je fais partie de ceux qui pensent qu’un échange de regards, de sourires, est préférable. Notamment en cas de frottements. Il vaut toujours mieux s’expliquer en face-à-face plutôt que par mail, où les mots dépassent souvent la pensée ».

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