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CFDT Crédit Agricole Languedoc

Jean-Paul Chifflet : «Le Crédit Agricole prêt à reprendre le chemin d'une croissance durable»

21 Février 2013, 00:10am

Publié par CFDT CA Languedoc

Jean-Paul Chifflet

Jean-Paul Chifflet, directeur général du Crédit Agricole SA, estime que la perte de 6,4 milliards d'euros enregistrée en 2012 par le véhicule coté du groupe mutualiste clôt le travail de nettoyage de son bilan. Il promet un nouveau plan de développement à moyen terme pour l'automne.

Ce sont les pires résultats de l'histoire du Crédit Agricole. Le nettoyage du bilan est-il désormais vraiment terminé ?

Je l'espère bien ! Aussi douloureux soit-il, l'exercice 2012 permet de clore un chapitre de l'histoire du Crédit Agricole. Nous avons fait le ménage. Nous avons cédé la totalité d'Emporiki et arrêté tout refinancement ; celui-ci nous coûtait encore près de 10 milliards d'euros en juin 2011. Nous avons également purgé nos participations non stratégiques (BES Vida au Portugal, Intesa Sanpaolo en Italie, moins de 10 % dans Bankinter en Espagne) et nous avons pris les mesures nécessaires pour Cariparma et Agos afin de nous adapter à la conjoncture italienne. Enfin, nous avons déprécié les écarts d'acquisition : de 19 milliards d'euros en juin 2011 à 14 milliards d'euros au 31 décembre 2012. En 2012, nous avons transformé le Groupe, nous avons tourné une page et nous sommes maintenant prêts à reprendre le chemin d'une croissance durable.

Quel est le nouveau visage du groupe ?

Une banque au profil de risque considérablement réduit puisque le plan d'adaptation lancé fin 2011 a été un succès : nous avons allégé de 68 milliards les besoins de financement de la BFI (CACIB) et des services financiers spécialisés, soit 136% de l'objectif fixé. Nous avons réduit les emplois pondérés et de la BFI et des services financiers spécialisés de 57 milliards d'euros, soit 160% de l'objectif fixé. Notre modèle de BFI a évolué vers une banque de financement des grandes entreprises, adaptée aux besoins des clients du Groupe. Et CACIB n'a plus d'activité pour compte propre. Par ailleurs, nous avons bien avancé dans notre plan de réduction de 350 millions d'euros des charges de CACIB et de Crédit agricole consumer finance (CACF). Ce plan atteindra son plein effet en 2014. De plus, nous avons lancé un programme baptisé « MUST », destiné à réduire les charges du groupe Crédit Agricole SA, en matière d'achats, d'informatique et d'immeubles. Nous visons 650 millions d'euros d'économies par an à horizon 2016. Au final, nous allons donc économiser un milliard d'euros par an. Enfin, la solidité de nos résultats courants permettra au groupe Crédit Agricole de respecter un ratio de fonds propres durs en Bâle 3 au-delà de 10% fin 2013.

Malgré la perte record, vous n'aurez pas besoin de recourir à une augmentation de capital ?

Non. Les pertes comptables associées aux survaleurs n'ont aucun effet sur la solidité de notre Groupe. Crédit Agricole SA satisfera aux ratios réglementaires sans procéder à une augmentation de capital. Comme l'an dernier, nous ne verserons pas de dividende à nos actionnaires mais ce sera la dernière fois, je l'espère ! Notre actionnaire majoritaire, la SAS Rue la Boétie, va opter dès à présent pour la distribution, du dividende 2013 en actions. Nous travaillons actuellement avec les Caisses pour étendre le mécanisme « switch » existant qui permet de transférer des risques pondérés de Crédit Agricole SA aux Caisses régionales.

Compte tenu de la croissance molle voire négative en France et en Europe, quels seront vos relais de croissance en 2013 ?

Le Groupe est désormais en ordre de marche pour affronter une conjoncture durablement difficile. C'est dans ce nouveau contexte que nous avons décidé d'élaborer un nouveau plan à moyen terme. Nous communiquerons à l'automne prochain sur les grandes lignes et principaux objectifs de ce plan, qui s'inscrit dans le cadre de notre projet de Groupe à 10 ans, axé sur la banque universelle de proximité en Europe. Nous voulons renforcer nos positions de leader en matière de crédit (25 % du marché français) et de gestion de l'épargne en Europe (1er bancassureur, 2ème gestionnaire d'actifs) ; et continuer de focaliser la croissance de notre BFI et de nos services financiers spécialisés

La simplification des liens entre BPCE et Natixis annoncée dimanche, avec le rachat par les banques populaires et les caisses d'épargne de leur participation dans leur véhicule coté, pourrait-elle inspirer le Crédit Agricole ?

Nos situations sont très différentes. C'est le Crédit Agricole qui a créé le premier le modèle dont BPCE vient de décider de sortir. Les tailles des deux groupes ne sont pas comparables : notre véhicule coté pèse deux fois plus que celui de BPCE. De plus, notre Groupe défend un modèle de banque universelle de proximité. En tant que Directeur général de Crédit Agricole SA, je suis très attaché à ce que représente notre participation dans les Caisses régionales. C'est une partie fondamentale de notre valeur économique et financière.

Vous n'envisagez donc aucune modification de la gouvernance du groupe ?

On peut toujours faire des progrès en matière de gouvernance et chercher à l'optimiser. Pour ma part, je me félicite du soutien que notre actionnaire majoritaire nous apporte.

Votre mandat se termine en mai 2015. Comptez-vous préparer votre succession ?

Savoir qui me succèdera ne dépend pas de moi. En revanche, je souhaite que cette transition se fasse dans le consensus et l'intérêt du Groupe, qui est riche en hommes et en personnalités. Mais le sujet ne me semble pas d'actualité pour l'instant.

Le projet de séparation et de régulation des activités bancaires a sensiblement changé depuis son passage à l'Assemblée nationale. La question des commissions d'intervention est-elle désormais votre principale préoccupation ?

Oui, c'est la question qui me préoccupe. Cette mesure risque de développer l'exclusion bancaire au lieu de la combattre. Si les banques ne peuvent plus rémunérer le temps passé à examiner les problèmes de paiement, elles auront inévitablement tendance à automatiser les rejets en se retranchant derrière la loi, appliquée à la lettre. Rendez-vous compte : au Crédit Agricole, sur 2 milliards d'opérations de paiement par an, 10 % environ (soit 200 millions) demandent un examen et 1 % seulement sont finalement rejetées. Ce pourcentage risque d'augmenter sensiblement et cela aura un impact fort sur la relation entre les conseillers et leurs clients.

Qu'attendez-vous de la réforme de l'épargne ? Seriez-vous intéressés, comme le propose la Caisse des dépôts, par une baisse de la centralisation du Livret d'épargne populaire ?

Non, pas vraiment. Le LEP est un produit à la rémunération élevée, par choix politique, et qui coûte cher. Nous souhaitons une baisse de la centralisation du Livret A.

Source : Les Echos.fr