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CFDT Crédit Agricole Languedoc

l’Anact expérimente de nouvelles façons d’analyser le travail

10 Mai 2015, 23:03pm

Publié par CFDT CA Languedoc

l’Anact expérimente de nouvelles façons d’analyser le travail

Parce que le travail est devenu de plus en plus fragmenté et hétérogène, les salariés peuvent éprouver des difficultés à comprendre et à partager ce qui s'y joue. Ainsi, pour « faire parler les salariés de leur travail et rendre ce travail parlant », l’Anact expérimente de nouvelles façons d’analyser le travail.

 

Pour un salarié, « dire son travail », de quoi il est fait, comment il s'y est pris pour décider d’agir de telle manière plutôt que de telle autre, dans quel objectif, est complexe. Faire parler les salariés de leur travail requiert donc des méthodes et outils nouveaux, qui vont s’articuler avec les méthodes et les expertises d'analyse de l'activité déjà utilisées. Ces derniers produisent du matériau et font expérimenter une dynamique d’écoute et de partage. Il peut en découler un renouvellement des modalités d’organisation et de management.

C’est dans cette perspective que le réseau Anact-Aract lance de nouveaux travaux dont le premier objectif est d’identifier et de développer un ensemble de méthodes propices à l'analyse de l'activité et à la prise en considération de l'expertise des travailleurs.

Le langage, une forme d’expression trop complexe pour parler du travail ?

Le travail ne se résume jamais aux descriptifs des fiches de poste, pas plus qu’aux représentations qu’en ont celles et ceux qui l’organisent, ni même à ce que les salariés sont capables d’en dire spontanément. Le travail c’est aussi la gestion de tous les aléas qui rythment une journée, tous les imprévus et les dysfonctionnements, c'est les contournements des prescriptions, et les solutions qu’il faut inventer. À cela s’ajoute l’histoire de l’entreprise, sa culture, les relations entre salariés, les perceptions, les émotions, etc.

Ainsi, les interviews, les observations par des experts, les groupes de paroles, les modalités de diagnostic et de restitution, peinent à « attraper » ce qui se passe entre et dans les micro-actions qui composent l’activité. Accéder à cette part du travail nécessite de renouveler les outils d’analyse et d’enquête sur le travail.

Des outils de médiation comme moyens d’expression

Par exemple, pour desserrer les contraintes dans lesquelles se déroulent classiquement les échanges (dire à l’autre ce qu’il a envie d’entendre, ne pas trop s’exposer, ne pas réussir à exprimer ce que l’on ressent, etc.), des formes de mise en récit du travail existent : représentations graphiques, métaphores, pièces de théâtres, etc.

Les usages d’outils de médiation recouvrent des contextes divers : les espaces de discussion dont il est question dans le cadre de la « qualité de vie au travail », la conduite du changement en amont, la validation des acquis de l’expérience, la prévention des risques professionnels, etc.

De l’esthétique à la compréhension et à l’expression du travail

La médiation permet un échange sur le travail basé sur une communication respectueuse et dénuée autant que possible de violence verbale et symbolique. Ces médiations sont des supports de symboles, partageables, appropriables et malléables. Elles donnent naissance à des représentations, des formes « unifiées », dans lesquelles la complexité et l’hétérogénéité de l’activité sont perçues en même temps que sa cohérence. Cette forme est la trace de l’« esthétique » que chacun cherche à donner à son travail, sans laquelle le travail se réduirait à un pur labeur et l’engagement s’évanouirait.  

Exemple d’une mise en pratique : « Mettre en œuvre le travail »

Dans un grand laboratoire pharmaceutique, une surabondance d’emails noyait managers et salariés, rendant la communication impossible. Afin de débloquer la situation, le directeur a fait appel à des intervenants extérieurs. Emmanuelle Begon, chargée de mission à l'Anact, a participé à l’intervention  et raconte :

« En plus des entretiens habituels programmés, nous avions apporté de grandes feuilles de papier et des feutres. Nous avons demandé aux personnes de représenter graphiquement le système de communication de leur entreprise. Nous avons analysé les schémas rendus. À partir de là, nous avons pu distinguer deux modes d’organisation de communication distincts : d’un côté, un mode de communication en forme de « bain », et de l’autre, un mode de communication avec des ramifications en forme de « cascade » ».

Face à ces dessins, l’échange était facilité. Les dessins parlaient pour les salariés. Pas de dénonciations, pas de justifications, la médiation qu’apportait les dessins permettait un mode de communication entre managers moins agressif : « et toi, tu fais partie de la famille du bain ou de la cascade ? ».

Les intervenants ont amenés les personnes à réfléchir sur les ponts entre ces deux modes de communication. À partir de là, une forme commune s’est créée. Ils ont finalement réalisé leur propre système de communication. Emmanuelle Begon explique « Si nous avions diffusé uniquement des diaporamas en disant « voilà comment il faut faire », avec des pistes d’actions figées, se seraient-ils reconnus ? Auraient-ils trouvé cette solution ? Je ne pense pas ».

Rendez-vous et perspectives

Rassembler des méthodes d’analyse, animer une réflexion théorique et méthodologique et innover en terme d’analyse de l’activité, tels sont les objectifs des travaux sur le thème « rendre le travail parlant ». Dores et déjà, des points d’étapes jalonnent l’année 2015 : la constitution d’un groupe de travail au sein du réseau Anact-Aract, des interventions en entreprises, la 12e édition de la Semaine pour la qualité de vie au travail du 15 au 19 juin consacrée aux « espaces de discussion », une communication au prochain Workshop annuel de la revue Organization studies en mai, un colloque avec le Cnam et l’ESCP sur le thème « Travail et Création » en novembre, etc.