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CFDT Crédit Agricole Languedoc

Le Crédit Agricole ne veut pas fermer d'agences

1 Décembre 2015, 00:05am

Publié par CFDT CA Languedoc

Le Crédit Agricole ne veut pas fermer d'agences

INTERVIEW - Pour Philippe Brassac, le patron de Crédit Agricole SA, les agences bancaires ont toujours un rôle de premier plan à tenir malgré la montée des services sur Internet et sur téléphone mobile.

 

Depuis la mi-mai, Philippe Brassac est à la tête de CASA, l'entité cotée du Groupe Crédit agricole où il a fait toute sa carrière. Il prépare le plan à moyen terme de la banque qu'il présentera et qui est très attendu par les investisseurs.

 

LE FIGARO. - Quel diagnostic faites-vous de la situation du Crédit Agricole, près de six mois après votre nomination à la tête de Crédit Agricole SA?

Philippe BRASSAC. - Je connais de longue date ce Groupe et ce que je peux constater depuis six mois me rend très optimiste. Je crois fondamentalement que notre stratégie, qui est centrée sur la Relation Client, est la bonne. Le client est au cœur du modèle du Crédit Agricole, et c'est pour cela que cela fonctionne.

 

La révolution digitale impose cependant une révision du modèle. Certains de vos concurrents commencent par exemple à réduire leurs réseaux d'agences…

Je ne comprends pas pourquoi on oppose digital et agences, ni pourquoi le numérique constituerait une rupture plutôt qu'une commodité supplémentaire. Que veulent nos clients? Accéder à leur banque et utiliser ses services par tous les canaux possibles - agences, téléphone, Internet, applications mobiles… - tout en ayant à leur disposition des équipes d'hommes et de femmes, accessibles en proximité, compétents et qui les connaissent. Ce modèle, c'est celui de la «banque multicanale de proximité», et il est à la base de notre plan stratégique.

Nous sommes déjà organisés pour offrir cette accessibilité a nos clients, process digitaux compris. Et le succès est au rendez-vous II ne se mesure évidemment pas à la fréquentation des agences, mais a la performance commerciale. Et nous avons gagné 300 000 clients depuis le début de l'année. Nous n'en avons jamais eu autant ! Le digital n'est pas une révolution pour nous c'est une accélération.

 

Encore faut-il pouvoir assumer les coûts des réseaux...

Selon moi, fermer des agences ne fait pas une stratégie digitale. Cela ne fait pas une stratégie tout court d'ailleurs. Certes, nous devons adapter nos Réseaux, comme nous l'avons toujours fait. Mais annoncer des plans de fermetures, cela revient plutôt à anticiper un recul commercial. Et à croire que l'on peut se passer des équipes. Car qu'est-ce qu'une agence sinon un endroit où travaillent nos collaborateurs ? Ce n'est pas parce que le client y vient moins souvent que ces professionnels ne travaillent pas pour lui, en proximité. La banque repose sur la relation, donc sur des équipes commerciales. La promesse implicite des banques digitales fait une croix sur la valeur de cette relation et revient à mettre des produits bancaires sur des gondoles. Cela ne paraît pas pertinent, d'autant que les besoins de conseil des clients, en matière de fiscalité, de règlementation, de crédit, d'épargne, de transmission sont de plus en plus importants. Et le modèle de notre Groupe, la banque universelle de proximité, nous permet d'apporter, au niveau local, toutes nos compétences, de banque d'investissement, de services financiers, de leasing, d'affacturage, etc.

 

Vous défendez le modèle du Groupe, mais celui-ci reste mal compris des marches Comment expliquez-vous que l'action Crédit Agricole SA soit à la peine ?

Le Groupe se porte bien. Apres quelques années difficiles, il dégage à nouveau de très bons résultats, dans toutes ses activités. II peut à nouveau être dynamique, et conquérant. Mais il est vrai que, sur les marches, nous avons connu de rudes journées lors de nos dernières publications de résultats. En effet, alors que la solvabilité du Groupe Crédit Agricole - a 13,4 % - le place parmi les meilleurs de la classe en France et en Europe, celle du seul périmètre Crédit Agricole SA, celui qui est coté en Bourse, est moins forte (10,3 %). Cela crée une tension. Pourtant, nous disposons d'une réelle capacité de souplesse intragroupe pour optimiser la mobilisation de nos fonds propres, au meilleur des intérêts de l'action CASA. Mais nous avons entendu le message du marché. Nous y apporterons toutes les réponses nécessaires, au premier trimestre 2016, dans le cadre plus global de notre Plan à Moyen Terme 2016-2020.

 

Vous excluez donc une augmentation de capital pour CASA ?

Pourquoi lancer une augmentation de capital dans un Groupe qui affiche plus de 13 % de solvabilité ?

 

Ce chantier est-il concomitant de la réforme de l'organe central du Groupe, que vous souhaitiez engager à votre arrivée, et que vous avez suspendue cet été ?

Les deux sujets ne sont pas lies. L'idée de réorganisation que vous évoquez est un marqueur de la volonté d'unité du Groupe. C'est un projet de nature politique pour le Crédit Agricole. Mais sa mise en œuvre est apparue délicate à court terme pour des raisons techniques et de traitement par la Banque Centrale Européenne, qui est maintenant notre régulateur. II s'inscrit dans un calendrier distinct de celui de notre Plan à Moyen Terme qui lui est centre sur nos enjeux commerciaux et financiers. Notre volonté, partagée par l'ensemble du Groupe, c'est l'unité du Crédit Agricole. J'en veux pour preuve le fait que Dominique Lefebvre ait récemment pris la présidence de CASA en même temps que celles de la Fédération Nationale du Crédit Agricole et de la SAS Rue La Boétie, l'actionnaire majoritaire. C'est un symbole très fort dans notre organisation.

LE FIGARO.fr