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CFDT Crédit Agricole Languedoc

Le financier se mue en travailleur numérique

19 Juillet 2016, 23:05pm

Publié par CFDT CA Languedoc

Le financier se mue en travailleur numérique

Equipés de tous les outils digitaux pour travailler à distance, les salariés du secteur bénéficient d’une flexibilité appréciable. Attention aux risques.

 

S’affranchir de certaines contraintes de l’emploi du temps, planifier sa journée pour privilégier des moments de concentration ou une réunion avec un manager ou un client sont autant de bénéfices offerts par l’essor des outils numériques dans l’environnement professionnel. Les cadres de la banque et de l’assurance sont particulièrement connectés. Ainsi, 92 % des salariés travaillent la plupart du temps sur écran, contre 76 % en moyenne dans les autres secteurs*. Les entreprises les équipent de plus en plus – tablettes, PC portables, smartphones – et adaptent leurs bureaux – espaces collaboratifs, postes nomades, salles de visioconférence…

 

Effets positifs

 

Pour les collaborateurs, les premiers effets visibles du « digital working » ou « atawad » (acronyme signifiant anytime, anywhere, any device**) sont positifs. « Je me partage entre les deux sites de l’entreprise, à Levallois et à Roubaix, raconte Vincent Straehli, manager département organisation relation client chez Swiss Life. Mes équipes et mes clients internes sont présents dans les deux villes. Les salles de visioconférence et le ‘tchat’ interne ont considérablement réduit les difficultés pour organiser les réunions. Tant que les agendas coïncident, nous pouvons être basés dans différents lieux. » Pour gérer sa mobilité, il utilise la réception des e-mails sur son mobile et le réseau privé virtuel (VPN) pour avoir accès aux dossiers de façon sécurisée. « J’y gagne un meilleur équilibre entre vie professionnelle et personnelle. »

 

Autre solution plébiscitée par les financiers : le télétravail, lui aussi largement déployé ces dernières années grâce à la « digitalisation ». Chez Malakoff Médéric, le dispositif est expérimenté depuis un an et demi. Bénédicte Paumier, collaboratrice du groupe depuis vingt ans, a tout de suite fait partie des volontaires. « Je mets une heure et quart pour venir au travail. Les journées au bureau sont émaillées d’interruptions. Aussi, une journée plus sereine par semaine me faisait très envie », confie-t-elle. A son domicile, son bureau est équipé d’un ordinateur portable, d’un VPN, et les appels sont transférés vers son téléphone portable. Lorsqu’elle finit sa journée à 18h, le gain du temps de transport lui permet de se consacrer à ses engagements associatifs et à sa famille. « La confiance que les managers m’accordent dans ce cadre est très importante. Le télétravail permet de démontrer qu’il n’y a pas besoin d’être sous l’œil des managers ou des collègues pour travailler », souligne-t-elle. Si le « digital working » impacte l’organisation du travail, il change aussi le regard des managers. « Le ‘digital’ implique la capacité d’être efficace à distance. L’attente des salariés porte d’abord sur la flexibilité : ils souhaitent être jugés sur l’aboutissement de leurs tâches, et non sur des horaires », observe Philippe Burger, associé responsable capital humain chez Deloitte. Fait notable, la 13e semaine de la qualité de vie au travail, du 13 au 17 juin, avait pour thème : « Travailler à l’ère numérique ». « Ces évolutions incitent à réinventer les notions d’autonomie et de subordination, et la relation managériale », a déclaré Olivier Mériaux, directeur technique et scientifique de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail, lors de cette édition.

 

Le numérique serait donc a priori plutôt source de liberté, sauf qu’il crée des situations paradoxales. « Beaucoup de salariés interrogés pour nos enquêtes déclarent que le numérique leur octroie plus de flexibilité et d’autonomie. Mais, dans le même temps, ils perçoivent un risque pour leur santé, notamment en ce qui concerne l’augmentation du stress et la perte de sommeil, relève Anne-Sophie Godon, directrice innovation étude et veille chez Malakoff Médéric. Tous sont confrontés à la problématique de trouver un équilibre entre travail, vie familiale, sociale, et on voit bien que le numérique est au croisement de tous ces sujets. » Malgré les règles et les chartes, adopter les bons réflexes, comme programmer l’envoi des e-mails aux heures ouvrées, relève du choix personnel. « Avant, j’étais très dépendant : je répondais dès que je recevais un e-mail, chez moi, dans le métro… A présent, non seulement je ne réponds pas immédiatement mais ma signature au bas de chaque message précise que si le destinataire reçoit le mail en dehors des heures de travail, il n’est pas tenu d’y répondre tout de suite », explique Olivier Bieber, responsable de la conduite du changement et du futur déménagement du « business solution center » de la Société Générale dans « Les Dunes », « technopôle » qui sera inauguré cet automne à Val-de-Fontenay et où travailleront 5.000 salariés. « La flexibilité et les outils collaboratifs permettent de mieux s’organiser. Mais la transformation numérique génère aussi des risques psychosociaux, il faut mettre en place des garde-fous. Il m’est déjà arrivé d’interdire à une personne de mon équipe d’envoyer des mails après 19 heures. Il est important de préserver sa vie privée pour tenir sur la durée », reprend Olivier Bieber. « La prochaine étape sera la mise en place d’un réseau social d’entreprise, pour mieux partager l’information et limiter le nombre d’e-mails », dévoile pour sa part Guy Polet, chief customer officer de Swiss Life France.

 

Les salariés de la finance n’ont donc pas fini de vivre la transformation numérique. Et de s’y adapter, alors que le « droit à la déconnexion » vient d’être voté par le Sénat. En attendant que les comportements numériques se régulent pour qu’employeurs et salariés y trouvent un compromis équitable, la Fing (Fondation internet nouvelle génération), think tank créé en 2000, mène de vastes études prospectives sur le travail dématérialisé, notamment avec la contribution d’établissements financiers comme la Caisse des dépôts, Bpifrance ou encore la Société Générale. Un de ses prochains projets de recherche s’intitule… « Digiwork ».

 

*Etude qualité de vie au travail Malakoff Médéric 2016.

**N’importe quand, n’importe où, sur n’importe quel terminal.

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