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CFDT Crédit Agricole Languedoc

Philippe Brassac : « Crédit Agricole est en ordre de marche pour son nouveau plan stratégique »

17 Novembre 2016, 00:05am

Publié par CFDT CA Languedoc

Philippe Brassac : « Crédit Agricole est en ordre de marche pour son nouveau plan stratégique »

Entretien avec Philippe Brassac. Le directeur général de Crédit Agricole SA revient sur les résultats récemment dévoilés par la Banque verte.

 

Le Revenu : Crédit Agricole dévoile des comptes meilleurs qu’attendu au troisième trimestre. Quels en ont été les moteurs ?
Philippe Brassac :
 Crédit Agricole SA dégage en effet un résultat net de 1,86 milliard d’euros sur le trimestre. C’est un doublement d’une année sur l’autre. Pour l’ensemble du groupe, le résultat net atteint 4,15 milliards pour les neuf premiers mois de l’année. Ce trimestre a bien sûr été marqué par la finalisation d’Eureka, l’opération de simplification de la structure du groupe. Elle s’est traduite par une plus-value de 1,25 milliard d’euros. Notre résultat net sous-jacent progresse quant à lui de 27%, à plus de 1 milliard. Mais le plus important, c’est que l’ensemble de nos métiers, qui vont de la banque de proximité aux activités de grandes clientèles, en passant par les pôles gestion de l’épargne et assurance ou les services financiers spécialisés, affiche une belle performance avec un résultat net sous-jacent en hausse de 33%. 

 

Bonne dynamique de la BFI 

 

Le Revenu : Les activités de grande clientèle ont tiré les reve­nus vers le haut. La tendance est-elle pérenne ? 
Philippe Brassac :
 Elle pourrait se prolonger jusqu’à la fin d’année. Grâce à une bonne activité de clientèle sur les marchés de capitaux, de forts volumes d’émissions, notamment d’obligations convertibles, et la remontée des prix du pétrole, l’été 2016 a échappé à la règle qui veut que le troisième trimestre connaisse une moindre activité en banque de financement et d’investissement. 

 

Le Revenu : Et la banque de proximité ? 
Philippe Brassac :
 Nos comptes témoignent d’une très bonne résistance. Chez LCL, les revenus progressent d’un trimestre sur le précédent. C’est pour nous un indicateur que nos efforts portent leurs fruits. Même si le produit net bancaire est encore en léger recul sur un an, le rebond commercial est manifeste et va bien au-delà du seul crédit immobilier. Par ailleurs, comme nous l’avions fait au premier trimestre pour la dette de Crédit Agricole SA, nous avons agi ce trimestre afin de réduire le coût du refinancement de LCL. En intervenant sur des instruments de couverture anciens et donc coûteux, pour un impact net de 187 millions d’euros sur le trimestre, soit presque l’équivalent de la plus-value de la vente des parts dans Visa, nous assurons à LCL de bénéficier durablement de meilleures conditions financières. C’est opportun alors qu’on voit apparaître quelques signes de remontée des taux longs.

 

Engagement sur le dividende 

 

Le Revenu : Que change pour vous la fin d’Eureka ? 
Philippe Brassac :
 Cette opération met le groupe en ordre de marche pour son nouveau plan stratégique. Elle a été réalisée avec une parfaite exécution, tant pour le  respect du calendrier – annonce en janvier, achèvement le 3 août – que pour ses éléments financiers, meilleurs encore que ceux annoncés initialement. Les Caisses régionales sont bien sûr toujours nos actionnaires majoritaires, mais la double boucle de contrôle qui voyait Crédit Agricole SA détenir 25% de leur capital – une participation dont la valeur était à son tour garantie par les Caisses – a été démontée. Cette clarification marque non seulement une amélioration de la solvabilité de Crédit Agricole SA mais aussi de la qualité de son capital. La garantie de nos activités d’assurance par les Caisses régionales n’est pas un sujet pour le superviseur bancaire. Avec un ratio CET 1 de 12% au 30 septembre, Crédit Agricole SA est déjà au-dessus de son objectif de 11% en 2019, et largement au-delà du niveau minimal de 7,25% exigé par la BCE cette année pour distribuer des dividendes (8,5% à l’horizon de 2019). Nous sommes donc très à l’aise.

 

Le Revenu : C’est cette marge de sécurité qui vous permet de préciser votre politique de distribution ? 
Philippe Brassac :
 Absolument : nous pouvons être plus clairs avec nos actionnaires. Nous confirmons ainsi l’intention de verser un dividende de 0,60 euro par action au titre de 2016, et ce, uniquement en numéraire. À partir de 2017, notre distribution sera fixée à 50% du résultat net, avec l’intention de ne pas baisser le dividende en valeur absolue. Ce socle offre ainsi un rendement de l’ordre de 6% sur un titre qui présente vraiment moins de risques.

 

Le Revenu : Auriez-vous pu aller plus loin et étendre cet engagement de coupon à la durée du plan ? 
Philippe Brassac :
 Nous avons affirmé que notre politique générale serait désormais celle d’une « prudence structurelle ». Nous conservons donc des marges de sécurité qui nous assurent la plus grande manœuvrabilité possible.

 

Le Revenu : Une manœuvrabilité qui pourra être utilisée pour des acquisitions ? Amundi est en lice pour le rachat de l’italien Pioneer… 
Philippe Brassac :
 J’espère effectivement qu’Amundi gagnera cet appel d’offres. Sa politique d’acquisitions est très claire et répond à une discipline financière stricte qui passe par un retour sur investissement de 10% en trois ans. Sa taille et son expérience industrielle lui procurent une grande capacité de synergies, aussi bien de charges que de revenus.

 

Gare à « Bâle 4 »

 

Le Revenu : Vous présidez la Fédération bancaire française depuis septembre. Les critiques des banques à l’égard de Bâle 4 sont-elles entendues ? 
Philippe Brassac :
 Le gouverneur de la Banque de France et le ministre de l’Économie et des Finances sont mobilisés et conscients des enjeux. Mais nous avons peut-être commis l’erreur de parler de Bâle 4. Ce qui laisse penser qu’il s’agirait d’une version encore plus exigeante que Bâle 3 en termes de sécurité du système. Or, il n’en est rien. Ce que nous voyons, c’est la tentative d’un retour vers un Bâle 1 renforcé, sous l’influence du modèle bancaire dominant : l’américain. Un tel système d’appréciation des risques, c’est-­à-dire sans pondération (et donc sans appréciation de la qualité des risques) ne correspond plus au modèle des banques européennes. Et les banques qui ont vraiment investi dans les modèles internes souhaités par Bâle 3 sont celles qui ont le mieux maîtrisé leurs risques, comme c’est le cas du Crédit Agricole. L’harmonisation des règles ne doit donc pas être un prétexte pour favoriser un modèle au détriment d’un autre. Cela aurait de graves conséquences sur la capacité de l’Europe à financer sa croissance économique.