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CFDT Crédit Agricole Languedoc

Vous vous sentez indispensable à votre entreprise ? vous êtes peut-être "boulomane"

12 Décembre 2016, 00:05am

Publié par CFDT CA Languedoc

Vous vous sentez indispensable à votre entreprise ? vous êtes peut-être "boulomane"

BOULOT DODO - Mardi, à l’occasion de la deuxième Journée nationale de prévention des conduites addictives en milieu professionnel, la Mission interministérielle de lutte contre les conduites addictives (Minelca) organisait un colloque. Un des volets évoquait l’addiction au travail, de plus en plus fréquente. LCI s’y est invité.

 

06 déc 2016

Insomnie, mal être, anxiété, arrêt de travail, fatigue, stress, burn-out, douleurs, surmenage, faiblesses. Voici quelques-unes des joyeusetés qui vous guettent si vous êtes boulomane, ou "workaholic ", compression de "work" et "alcoolism" en anglais. En gros, vous êtes accro au boulot. 

 

"Il n’existe pas de définition précise du boulomane", explique Philippe Hache, conseiller médical en santé à l’INRS, qui travaille sur la santé au travail, lors d'une table ronde organisée mardi à Paris pour la Journée nationale de prévention des conduites addictives en milieu professionnel. "Mais il s’agit souvent d’une personne qui va passer plus d’heures que la normale au travail, sans être forcément plus productive que les autres, qui va jusqu’à mettre de côté la vie sociale et familiale." Ce qui doit alerter ? Des plaintes somatiques, de la nervosité ou de l'anxiété, la difficulté à s’éloigner du lieu de travail, ou encore la surconsommation de substances psychoactives, alcool en majorité, mais aussi drogues diverses et variées. Et les conséquences de la boulomanie sont nombreuses : troubles de la santé, troubles du sommeil, problèmes de dos, voire pathologies cardiovasculaires.  

 

Le problème de la dépendance au smartphone

 

Les chiffres sur ce mal, encore peu pris en considération, n’existent pas. Mais d'après des médecins du travail cités dans une étude de l'INRS sur le workaholism, il est de plus en plus fréquent. "Les addictions au travail touchent plus souvent des gens avec une faible estime d’eux-mêmes, un défaut de sécurité intérieure, qui peuvent être impulsifs et en recherche de sensation, ou à l’inverse dans l’évitement de sensation", décrit le docteur Emeline Eysop, psychiatre addictologue au CHU de Nantes. "Le travail peut procurer un effet de plaisir ou d’adrénaline - notamment dans les professions où il faut travailler en urgence -, ou à l’inverse, permet de limiter un malaise." La spécialiste reconnaît cependant que les cas de patients venus dans son service à cause des conditions de travail sont "très rares". 

 

Et cette addiction au travail est particulièrement favorisée par le développement du numérique, qui rend toujours plus disponible. "La consommation de data, internet ou mails pour le travail explose : de 2014 à 2015, la consommation d’internet a augmenté de 65%", souligne Philippe Hache. "C’est énorme. Dans le même temps, 20% des salariés utilisent leur téléphone personnel pour le travail." Vie pro et perso, tout se mélange, engendrant stress, épuisement, incivilité, mal-travail...

Il faut déculpabiliser les agents sur les horaires de travail

Anne-Hélène Roignan

Alors, les professionnels sont unanimes : pour prévenir l’addiction au travail, c’est cette frontière qu’il faut préserver au maximum. Pour cela, des mesures commencent à être mises en place. En France, c’est le géant de la chimie Syntex qui, le premier, a instauré un droit à la déconnexion de ses salariés, dans une charte mise en place en 2014. Droit qui a été inscrit dans la loi Travail de 2016. Mais dans la réalité, Anne-Hélène Roignan, directrice de l’Institut de la gestion publique et du développement économique, reconnaît que ce droit à la déconnexion est "très difficile à mettre en place". 

 

Anne-Hélène Roignan a proposé une "charge de gestion du temps", mise en place petit à petit au ministère de l’Economie et des Finances depuis 2010. Il s’agit d’un recueil d'engagements très simples, comme poser des limites horaires, lutter contre les réunions à rallonge, faire un usage raisonné des messageries, et … faire reculer la culture du présentéisme, un mal bien français. Pragmatique, Anne-Hélène Roignan reconnaît que le dispositif est "perçu comme nécessaire, mais insuffisant" : "La culture du présentéisme recule, mais existe encore", analyse-t-elle. "Il faut déculpabiliser les agents qui restent tard pas forcément parce qu’ils ont quelque chose à faire, mais parce que par principe ils sont attendus là-dessus." 

 

Une équation impossible ?

 

Sur le sujet, Sylvain Stoerckler, de la branche Communication et culture à la CFDT, est moins confiant. "Maintenir la frontière entre travail et vie perso est une équation impossible", répète-t-il. "Il faut être réaliste : le droit à la déconnexion existe, mais il n’y a pas assez de points de contrôle dans les entreprises pour voir ce qu’il se passe." Pour l’instant, les "frémissements", les "balbutiements" en ce sens se traduisent par des arrêts de la messagerie des salariés le soir ou le week-end, comme cela se pratique déjà chez Volkswagen ou Mercedes, en Allemagne. "Mais cela ne résout pas le problème de la charge de travail qui s’impose aux collaborateurs. Et des entreprises comme Thalès ou Solvey ont des codes de bonne pratique, mais rien d’impératif", souligne le syndicaliste. Et d’autres pistes de déconnexion, comme le télétravail, peuvent avoir l’effet inverse, rendant plus floue encore la frontière entre vie professionnelle et vie personnelle. 

 

Alain Alphon-Layre, conseiller sur le travail et l’emploi à la CGT, questionne lui plus largement les organisations de travail et le management, voire le sens du travail. "On croit être sorti du taylorisme, mais aujourd’hui, on nous demande d’atteindre des objectifs, on est évalué sur des indicateurs chiffrés, on nous demande d’aller toujours plus vite", dénonce-t-il. "Le travail a des vertus, mais le mal-travail nous tue". 

 

Constat dur. En tout cas, le workaholism pourrait même... donner du travail à d'autres. En tout cas, une entreprise tente d'en tirer parti : pendant le colloque, elle est venue déposer des prospectus proposant des tarifs en promo, moins 50%, pour des dépistages... Bientôt un nouveau business ?