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CFDT : un congrès pour « incarner le syndicalisme du XXIe siècle »

5 Juin 2018, 23:10pm

Publié par CFDT CA Languedoc

A l’issue de la réunion de Rennes, du 4 au 8 juin, Laurent Berger sera réélu pour un troisième mandat de secrétaire général.

CFDT : un congrès pour « incarner le syndicalisme du XXIe siècle »

Laurent Berger a placé la barre haut. Pour le deuxième congrès qu’il anime en tant que secrétaire général depuis son élection en novembre 2012, il a fixé l’objectif d’« incarner le syndicalisme du XXIe siècle » pour être « demain l’organisation syndicale incontournable, toutes catégories confondues ». Dans le projet de résolution, qui pour la première fois a été élaboré avec le concours de militants à travers une plate-forme en ligne et sera débattu à Rennes du 4 au 8 juin, l’ambition de la centrale réformiste est d’augmenter le nombre d’adhérents de 20 % en quatre ans, soit 120 000 de plus.

Depuis le précédent congrès, à Marseille, en 2014, M. Berger pourra faire valoir que la CFDT est devenue, en 2017, la première organisation syndicale du secteur privé, ravissant le haut du podium à la CGT. La prochaine étape, avec le scrutin dans les fonctions publiques en décembre, est d’être « le premier syndicat français dans les secteurs privé et public ». Le secrétaire général ne cesse de répéter que le syndicalisme est « mortel ». Il « peut décliner, lit-on dans le projet de résolution. De façon lente, certes, mais aussi inexorable que celle des partis ouvriers et désormais des partis traditionnels. (…) Ce risque nous impose de continuer à nous réinventer. (…) De continuer à nous positionner dans l’intérêt général, principe qui garantit notre cohérence ». La révolution numérique, les mutations du travail, le chamboulement des règles du dialogue social – à la suite de la réforme du code du travail engagée par Emmanuel Macron – imposent d’« accélérer le changement ».

 

Exercice obligé

 

Avant de débattre de la feuille de route des quatre ans à venir, M. Berger devra satisfaire, lundi 4 juin, à un exercice obligé, celui de défendre son bilan à travers son rapport d’activité. Comme à l’accoutumée, les critiques ne manqueront pas et les débats seront animés, notamment sur la séquence des ordonnances, une minorité de syndicats ayant déploré une absence de combativité. Mais, dans une centrale aujourd’hui politiquement très homogène depuis le départ des opposants les plus à gauche, le « patron » ne court pas grand risque. La seule interrogation est de savoir s’il retrouvera sur le quitus les 85,88 % du 48econgrès, à Marseille.

Sous le quinquennat de François Hollande, la CFDT, qui adhérait à la méthode d’un président attaché à la démocratie sociale, a signé tous les accords interprofessionnels, prenant le risque de cautionner les réformes d’un pouvoir impopulaire. En 2014, elle avait toutefois pris ses distances avec le pacte de responsabilité, jugeant que les engagements de création d’emplois pris par le patronat en échange des aides publiques aux entreprises ressemblaient à l’Arlésienne. On en parlait beaucoup, mais on ne la voyait pas. Traumatisée en 2015 par l’épisode de la déchéance de nationalité, qui avait violemment heurté ses convictions humanistes – alors qu’une majorité de ses sympathisants avait voté Hollande à la présidentielle de 2012 –, elle avait dénoncé, en 2016, la première version de la loi El Khomri, réformant la négociation sur le temps de travail, avant de la soutenir, une fois amendée.

M. Berger va dresser un bilan globalement positif de son action depuis 2014. « La CFDT, note le rapport d’activité, a su tenir son cap, garder sa cohérence, et faire avancer son projet. » Elle a « fait de la démocratie sociale la condition de la réussite pour mener les réformes et sécuriser les salariés confrontés aux mutations ». Pour le secrétaire général, la CFDT, en obtenant de nouveaux droits, en engrangeant des « acquis », a fait la démonstration que le syndicalisme d’« engagement » est utile puisqu’il répond à sa première mission : obtenir des résultats.

 

Un pôle réformiste effrité

 

Il y a toutefois une ombre au tableau. La CFDT veut être « moteur dans le renforcement » d’un pôle syndical réformiste, basé à l’origine sur une alliance avec la CFTC, la CFE-CGC et l’UNSA. Or ce pôle s’est effrité. Depuis la mesure de représentativité de 2017, où la CFDT a conquis, avec 26,37 %, sa première place, le bloc réformiste ne réunit plus que 41,21 % des voix des salariés. Un affaiblissement dû à la défection de la CFE-CGC, qui se définit désormais comme « non alignée ». Le rapport d’activité évoque « un paysage social et syndical bousculé », avec une centrale des cadres « passée d’une stratégie catégorielle à une stratégie contestataire ».

Avec FO, les relations ont été « très tendues » au moment de la loi El Khomri, avant de se réchauffer lors des ordonnances Macron, mais l’arrivée de Pascal Pavageau annonce des lendemains pour le moins incertains.

Entre la CFDT et la CGT, la période a été marquée par une glaciation. Le fossé s’est élargi entre la « réformiste » et la « contestataire », même si M. Berger entretient de bonnes relations personnelles avec Philippe Martinez. Le rapport d’activité décrit une CGT qui s’est stabiliséaprès de « nombreuses secousses », mais « au prix d’une radicalisation de ses positions et de sespratiques ». Ce 49e congrès verra aussi l’entrée de trois nouveaux membres à la commission exécutive – le gouvernement de la centrale – et Marylise Léon remplacera Véronique Descacq au poste de secrétaire générale adjointe. Cela ne présage en rien de la succession de M. Berger, qui aura juste 50 ans le 27 octobre. Il sera réélu pour un troisième mandat et devrait rempiler en 2022, quitte à ne pas aller jusqu’au bout.

Michel Noblecourt

LE MONDE