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CFDT Crédit Agricole Languedoc

Pourquoi Emmanuel Macron doit écouter Laurent Berger

4 Février 2019, 00:05am

Publié par CFDT CA Languedoc

Pourquoi Emmanuel Macron doit écouter Laurent Berger

L'évolution de la crise des "gilets jaunes" donne raison au patron de la CFDT, un modéré qui porte les valeurs de la gauche sociale et progressiste.

Pourquoi faire notre couverture sur Laurent Berger ? L'homme n'est pas connu du grand public ; il n'est pas spécialement bon orateur ; ni hyper charismatique. Depuis plus de six ans, le secrétaire général de la CFDT creusait méthodiquement son sillon de dirigeant syndical.

En professionnel aguerri, il défendait les intérêts des travailleurs face aux représentants du patronat et de l'Etat. Il animait la démocratie sociale, et faisait grandir sa confédération… devenue, en décembre dernier, le premier syndicat de France.

Par ces temps de radicalisation tous azimuts, faire tranquillement triompher une organisation réformiste en échappant au "dégagisme" est un exploit en soi. Alors que la CGT reste fossilisée et que FO a perdu son chemin, la CFDT, ancrée dans le réel et misant sur le collectif, a su évoluer avec son temps. Et mieux prendre en compte les problématiques des femmes, des immigrés, ou du nouveau prolétariat des plateformes numériques.

 

La ténacité des modestes

Laurent Berger a lui aussi changé. Héritier de la Jeunesse ouvrière chrétienne, il a pris, ces derniers mois, une autre envergure, politique au bon sens du terme. Comblant partiellement le vide d'une gauche sociale-démocrate orpheline. En janvier 2018 déjà, dans nos colonnes, le secrétaire général de la CFDT avait appelé l'exécutif à accueillir les migrants plus dignement au nom d'un "devoir moral, un devoir de valeurs, celui de faire face à la détresse humaine".

Mais c'est à l'occasion du mouvement des "gilets jaunes" qu'il a révélé sa véritable stature de leader. Car dans le désarroi qui règne depuis le démarrage de cette contestation protéiforme, Laurent Berger tient son cap humaniste, avec la ténacité des modestes.

Tandis que les responsables politiques de gauche restent inaudibles (PS) ou se livrent à des surenchères démagogiques (La France insoumise), le syndicaliste rappelle avec constance les valeurs de la gauche sociale et progressiste. Oui, il faut qu'Emmanuel Macron renonce à un mode de gouvernance verticale qui "a accéléré", selon Laurent Berger, la colère sociale. Oui, il doit "partager le pouvoir" avec la société civile, s'ouvrir aux syndicats, ONG, associations, entendre la parole des citoyens.

Et l'évolution de la crise donne raison au patron de la CFDT. Car même si le gouvernement a balayé sa proposition d'organiser un "Grenelle du pouvoir de vivre", Emmanuel Macron devra bien – s'il veut s'en sortir par le haut – établir la justice fiscale, mieux répartir les richesses, gérer la transition écologique, rendre la démocratie plus participative.

 

Digne hériter de la deuxième gauche

Ce serait dans l'esprit de la deuxième gauche dont Laurent Berger, fils spirituel d'Edmond Maire, est le digne héritier. Une gauche "décentralisatrice, régionaliste, héritière de la tradition autogestionnaire, qui prend en compte les démarches participatives des citoyens", comme la décrivait Michel Rocard en 1977 au congrès de Nantes du PS.

Au-delà des éléments de doctrine qui évoluent, cette gauche-là – qui est aussi celle de "l'Obs" – est surtout définie par des valeurs : intégrité, rigueur, vérité, modernité, inventivité, générosité. Et par une méthode qui articule action politique et sociale : partir du réel, négocier, donner du sens, parler vrai, agir juste.

Pour rendre efficace le grand débat national qu'il s'est résolu à lancer, Emmanuel Macron doit écouter Laurent Berger, car c'est précisément cette "ingénierie du dialogue" et ce talent pour la co-construction qui lui font cruellement défaut.

nouvelobs.com