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CFDT Crédit Agricole Languedoc

Des plans de relance trop peu concertés en régions

3 Décembre 2020, 08:04am

Publié par CFDT CA Languedoc

• La déclinaison territoriale du plan de relance peine à se construire de manière collective.
• Les organisations syndicales sont encore trop peu associées aux décisions.
• Face à une culture jacobine de l’État, la CFDT veut faire entendre son expertise au plus près des territoires.

Des plans de relance trop peu concertés en régions

« En région, la culture du dialogue social progresse, mais il faut se battre pour faire sa place. » Secrétaire générale de la CFDT des Pays de la Loire, Isabelle Mercier ne sait si elle doit voir la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide. Car depuis le début de la crise économique, les régions doivent à la fois relayer les décisions prises par l’État et construire leurs propres solutions pour soutenir les salariés et les entreprises – un positionnement compliqué dans un pays où l’État a du mal à faire confiance aux acteurs locaux.

Pourtant, le premier confinement avait impulsé une véritable dynamique, de l’aveu des principaux responsables CFDT dans les territoires. Toutes les régions ont mis en place leur propre conférence sociale qui a permis aux représentants des salariés, des patrons, des politiques locaux et des administrations centrales de se parler et d’échanger des informations. En Centre-Val de Loire, ces acteurs se retrouvent chaque semaine pour faire le point sur la situation économique et sanitaire ; dans le Grand Est, l’option retenue a été de mettre en place trois groupes de travail (« L’expérimentation en région », « La jeunesse et la formation professionnelle » et « Entreprises et dialogue social »), les premières conclusions devant arriver ces prochaines semaines. « Nous ne nous sommes jamais autant parlé ! », résume la secrétaire générale de la CFDT-Bretagne, Lydie Nicol.

Besoin d’un nouvel élan

Mais cette première dynamique semble manquer d’un nouvel élan. À l’heure où les aides aux entreprises (à travers le plan de relance piloté par l’État) commencent à être débloquées, les organisations syndicales peinent de nouveau à obtenir des informations et à se faire entendre. « Nous apprenons par la presse que telle ou telle entreprise a obtenu des aides à l’investissement. Il n’y a pas de volonté de nous associer et de discuter de leur pertinence », souligne Lydie Nicol. Idem en Centre-Val de Loire, où « une entreprise de l’aéronautique en particulier pose de gros problèmes en matière de dialogue social. Alors qu’elle est en plein PSE et ne fait aucun effort pour conserver ses salariés, elle vient de recevoir une aide, s’énerve Gilles Lory, secrétaire général de la CFDT du Centre-Val de Loire, qui a alerté le préfet et le président de la région. Nous devons obtenir un vrai dialogue autour de ces aides pour gagner en pertinence. Aujourd’hui, on a le sentiment que c’est un guichet sans contrôle. La première entreprise qui demande est la première servie. »

Dans le Grand Est, Dominique Toussaint reste aussi sur sa faim. « On nous donne une information globale. Le niveau de précision n’est pas suffisant pour mener un travail d’évaluation et de contrôle. Alors oui, nous sommes un peu plus concertés mais ce n’est pas encore ce que j’appelle être associés. »

Derrière cette exigence du partage de l’information, c’est la conditionnalité des aides qui se joue, or, selon la CFDT, il faut organiser un suivi et un contrôle social de cet argent public. « On le voit dans l’affaire Bridgestone, souligne le secrétaire national Philippe Portier. Si nous n’avons pas la possibilité de discuter des aides et de contrôler leur utilisation, nous aurons des entreprises qui vont en profiter sans investir pour l’avenir, sans garantir la pérennité des activités sur le territoire. »

Participation à la gouvernance

Si les organisations syndicales ont gagné leur légitimité sur les questions de la formation professionnelle et de l’accompagnement social des salariés, cette crise démontre le (long) chemin qu’il reste à parcourir sur le volet économique. Aux yeux de l’État, les représentants des salariés n’ont toujours pas naturellement leur place dans les discussions. « Ce qui se joue dans les territoires est à l’image de ce qui se joue dans les entreprises, rappelle Philippe Portier. Nous devons obtenir que les représentants des salariés participent à la gouvernance afin qu’ils puissent peser en amont des décisions. Notre rôle ne peut se limiter à gérer les conséquences sociales de décisions prises sans nous. C’est une bataille culturelle à mener, qui prendra du temps. » Pour la CFDT, cette place à conquérir doit également permettre d’élaborer des projets à l’échelon local, de les co-construire avec les représentants des entreprises et les pouvoirs publics locaux et nationaux. « L’État a une vision encore trop jacobine et descendante de l’intervention publique alors que c’est en grande partie au plan local que se joue la transformation de notre tissu économique », résume Philippe Portier.

jcitron@cfdt.fr 

photo Réa