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CFDT Crédit Agricole Languedoc

Premier bilan et dernières mesures du “plan Jeunes ”

6 Janvier 2021, 10:39am

Publié par CFDT CA Languedoc

Le plan jeunes commence à produire ses effets mais ne suffit pas à endiguer la précarisation et le mal-être grandissants de la jeunesse. Face à une crise qui se prolonge, la CFDT plaide pour davantage d’accompagnement et de soutien financier.

Premier bilan et dernières mesures du “plan Jeunes ”

« J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. » La célèbre phrase de Paul Nizan résonne en cette fin d’année. Entre couvre-feu et crise économique, les jeunes peinent à bâtir leur avenir, voire à boucler leurs fins de mois. « Certains, les étudiants isolés, sont gagnés par une détresse psychologique, ce qui nous inquiète car les jeunes sont plus fragilisés dans la période », s’alarme Inès Minin, secrétaire nationale responsable de la politique jeunesse à la CFDT. Les moins de 30 ans représentent la moitié des pauvres en France, rappelle l’Observatoire des inégalités. Ils sont aussi les premières victimes du chômage, avec un taux de progression de 2,6 points supplémentaires à celui des autres classes d’âge en 2020, selon l’Insee.

Les bons chiffres 2020 dans le domaine de l’apprentissage

Les attentes des jeunes d'après l'enquête de la CFDT

Les aides et dispositifs foisonnent… mais les principaux intéressés les connaissent-ils ? Pas sûr, selon les résultats de l’enquête en ligne « Focus Jeunes » menée par la CFDT du 22 septembre au 22 novembre 2020, à laquelle ont répondu 2 226 jeunes. Seulement 22 % connaissent la Garantie jeunes, 7 % le Pacea. La diversité des lieux d’accueil (Pôle emploi, Apec, missions locales, CIDJ, CIO, Cap emploi…) les laisse perplexes, et tous disent avoir besoin d’informations avant de s’y rendre.
À cette demande pourrait répondre la « boussole des droits », préconisée par la CFDT, une application sur smartphone qui permettrait aux jeunes de se repérer facilement dans les dispositifs existants.
L’enquête révèle aussi un fort besoin d’accompagnement chez ces jeunes, qui souhaitent être conseillés pour trouver un stage, une formation, un premier emploi…
Quand on les interroge sur leurs attentes vis-à-vis d’un syndicat, ils sont 60 % à évoquer cet item en priorité. Enfin, questionnés sur les moyens à privilégier pour lutter contre la précarité, 39 % des jeunes du panel plébiscitent la création d’un revenu minimal en fonction de leurs ressources et la simplification des conditions d’accès au RSA (12 %). Des réflexions qui font écho aux revendications de la CFDT.

Depuis la rentrée, le plan de soutien du gouvernement, « 1 jeune, 1 solution », doté d’une enveloppe de 6,7 milliards d’euros, rejoint en grande partie les propositions de la CFDT et tente d’amortir le choc de la crise. Avec de premiers résultats sur l’apprentissage, par exemple. Encouragé par les aides aux entreprises (5 000 euros pour l’embauche d’un mineur, 8 000 euros pour un jeune majeur), l’apprentissage en 2020 pourrait atteindre voire dépasser les chiffres records de 2019. Avec un point d’alerte, toutefois : les « orphelins de l’apprentissage », environ 30 000 jeunes qui ont commencé leur formation en CFA mais n’ont toujours pas trouvé d’employeur. Sur l’emploi à proprement parler, l’aide à l’embauche de 4 000 euros (effective jusqu’au 31 janvier) a favorisé le recrutement de jeunes en CDI et CDD de plus de trois mois. Le ministère déclarait 700 000 contrats signés depuis le mois d’août.

Mais malgré la multiplication des aides et des dispositifs (Garantie jeunes, Pacea, contrats aidés) et le lancement du site www.1jeune1solution.gouv.fr pour les faire connaître, une partie de la jeunesse reste au bord du chemin. Lors de la conférence de presse interministérielle du 26 novembre, une série de nouvelles mesures étaient d’ailleurs annoncées par Jean Castex et Élisabeth Borne afin de combler « les trous dans la raquette, tant du côté de la formation que de l’accompagnement », au dire de la ministre du Travail.

Différents publics de jeunes

Ces mesures ciblent de façon différenciée les plus éloignés de l’emploi, les jeunes diplômés et les jeunes travailleurs en difficulté. Les premiers sont concernés par l’extension de la Garantie jeunes, qui devrait proposer 200 000 places l’an prochain, deux fois plus qu’en 2020. Pilotée par les missions locales, la Garantie jeunes offre aux 16-25 ans les plus précaires un accompagnement social et une allocation mensuelle de 490 euros, dans un cadre contractuel. Encore faut-il « accrocher » ces jeunes, souvent en rupture, et leur apporter une réponse rapide. « Ils ont entendu parler des aides et sont aujourd’hui bien plus nombreux à frapper à notre porte, explique Jean-Michel Mourouvin, secrétaire général du Synami. Pour être en mesure de les aider, il faudrait que nous disposions dès maintenant des financements programmés pour 2021. » Les missions locales manquent également de moyens humains, les jeunes attendent jusqu’à trois semaines un premier rendez-vous.

Aides et accompagnement

Autre mesure complémentaire, les jeunes diplômés peuvent désormais bénéficier d’un accompagnement personnalisé par Pôle emploi ou l’Apec, assorti le cas échéant d’une allocation pouvant aller jusqu’à 500 euros renouvelable six fois. Quant aux jeunes travailleurs, ils pourront recevoir l’aide exceptionnelle de 900 euros versée aux personnes qui enchaînaient avant la crise les contrats courts et qui sont aujourd’hui sans revenu. Versée par Pôle emploi pendant quatre mois, à condition d’avoir travaillé à 60 % en 2019, elle pourrait concerner 70 000 jeunes, selon le ministère.

« Cette batterie d’outils à la main des opérateurs chargés de la mise en œuvre du plan jeunes est intéressante et nécessaire, estime Inès Minin. Mais, aujourd’hui, nous voyons la crise se prolonger et la mobilisation des entreprises est de plus en plus compliquée. Plus la crise sera longue, plus le filet de sécurité va devoir être solide en matière d’accompagnement et de soutien financier. » Pour la CFDT, l’accès au RSA à partir de 18 ans est une attente forte qui mérite d’être réexaminée pour éviter qu’une partie de la jeunesse ne bascule dans la pauvreté.

mneltchaninoff@cfdt.fr 

photo Franck Crusiaux /Réa