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CFDT Crédit Agricole Languedoc

ENTRETIEN. Laurent Berger : « Nos idées seront candidates aux élections »

7 Juin 2021, 10:50am

Publié par CFDT CA Languedoc

Le secrétaire général de la CFDT continue à batailler contre la réforme de l’assurance chômage. Il réclame aussi un plan de rattrapage et de solidarité pour les jeunes.

ENTRETIEN. Laurent Berger : « Nos idées seront candidates aux élections »

En 2017, la CFDT avait ravi à la CGT la première place de la représentativité des syndicats dans le privé. Les derniers résultats dévoilés par le Haut conseil du dialogue social confortent ce résultat. En dépit d’un contexte de forte mobilisation sociale avec les retraites et de nombreuses manifestations, Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, n’a pas gagné son pari. "La CFDT progresse au détriment d’organisations syndicales qui s’appuient sur les fractures au lieu d’essayer de les résoudre", analyse Laurent Berger.

Le classement. CFDT : 26,77 % ; CGT : 22,96 % ; FO : 15,24 % ; CFE-CGC : 12 % ; CFTC : 9,5 %. L’Unsa qui frôle les 6 % ne rentre donc pas dans la catégorie des syndicats considérés comme représentatifs au plan national.

La CFDT conserve la première place des organisations syndicales dans le privé. C’est un soulagement ?

Nous accentuons même notre avance. Ce n’est pas anodin alors que nous sortons d’une longue séquence marquée par les Gilets jaunes, la mobilisation pour les retraites, le Covid. Ce résultat conforte un type de syndicalisme de proposition, de construction, de rapport de force par la négociation, de compromis. La CFDT progresse au détriment d’organisations syndicales qui s’appuient sur les fractures au lieu d’essayer de les résoudre.

Est-ce que l’éparpillement du syndicalisme ne reste pas l’une de ses faiblesses?

Le syndicalisme est trop éparpillé. C’est la raison pour laquelle nous voulons porter des initiatives communes, notamment avec les deux autres organisations réformistes que sont l’Unsa et la CFTC, mais également tous ceux qui sont convaincus que le syndicalisme est l’outil de transformation sociale et non du statu quo.

Vous continuez à batailler contre la réforme de l’assurance chômage. Qu’est-ce qui ne va pas ?

Nous avons déposé un recours devant le Conseil d’État qui sera examiné le 10 juin. Le gouvernement fait une faute politique avec cette réforme de l’assurance chômage. 1,3 million de personnes sont concernées. Alors que le chômage repart à la hausse, il tape sur les plus précaires, ceux qui alternent périodes de chômage et d’emploi.

Mais cette réforme veut justement lutter contre l’abus des contrats courts dans les entreprises ?

Le problème c’est que cette adaptation des règles se fait au détriment des demandeurs d’emploi. On avait réclamé une remise à plat des règles. Car c’est vrai, il y a trop de contrats courts. Les entreprises jouent avec les règles de l’assurance chômage et multiplient les contrats courts. Ce sont elles qui sont responsables de cette situation, pas les salariés et les chômeurs. Cette réforme est injuste et anachronique.

Vous insistez sur l’attention à porter aux jeunes. Que proposez-vous ?

Nous avons besoin d’un plan de rattrapage et de solidarité pour les jeunes. Avec un accompagnement vers l’emploi, un accès à la formation, au logement, à la culture, aux loisirs… Un certain nombre de départements ont déjà pris des initiatives en ce sens. Pour le financer, nous proposons une taxe temporaire pendant deux ans sur les très, très hauts revenus. C’est un devoir de solidarité envers une population qui a beaucoup enduré.

Il y a de la colère dans ce pays dit Philippe Martinez, votre homologue à la CGT. Vous partagez cette analyse ?

Il y a beaucoup de lassitude, de la fatigue psychologique et de la colère pour certains. Pour autant, on est aussi dans un pays qui a maintenu le revenu des travailleurs. Il ne sert à rien de cliver et d’aggraver les fractures. Il faut porter des propositions concrètes qui améliorent la vie des travailleurs et construisent un avenir commun. Si la situation des plus fragiles n’est pas prise en compte, c’est la démocratie qui risque d’être menacée.

S’appuyer sur des ONG, c’est une façon de mieux répondre à ces attentes ou un signe de faiblesse ?

Le syndicalisme a besoin de travailler avec d’autres. Le travailleur est aussi un citoyen. Il est intéressé par les sujets liés à la santé, à l’écologie… Ce commun qu’on a du mal à définir, on ne peut le construire qu’ensemble. En réaction à la négation des corps intermédiaires par le gouvernement, la CFDT a créé en mars 2019 le Pacte du pouvoir de vivre. Cette alliance regroupe, aujourd’hui, soixante-cinq organisations qui représentent des millions de citoyens. Aux élections présidentielles et législatives, on ne soutiendra pas un candidat, mais on a des idées candidates sur toutes les questions sociales, écologiques et européennes. Un autre mode de développement est possible et nous y réfléchissons avec toutes ces organisations. Y compris en travaillant sur l’Europe dont il faut continuer à parler.

Vous êtes aussi Président de la Confédération Européenne des Syndicats. Quel dossier allez-vous porter lors de la présidence française de l’UE en 2022 ?

Il nous semble important de faire aboutir la directive sur le salaire minimum en Europe. Nous avons aussi besoin d’avancer sur l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes, mais aussi avoir un devoir de vigilance sur la façon dont les entreprises traitent leurs fournisseurs et leurs sous-traitants. On voudrait également que l’Europe crée un droit individuel à la formation comme le propose l’Institut Jacques Delors. Nous en avons parlé avec le Président de la République qui semble prêt à porter ces sujets.

Mais tous les syndicats européens ne semblent pas sur la même ligne pour le salaire minimum.

Au sein de la Confédération Européenne des Syndicats, 75 % des organisations sont favorables à une directive sur le salaire minimum. Il y a des pays avec une tradition de culture sociale qui préféreraient ne pas avoir de directive. Le commissaire Nicolas Schmitt a dit qu’il préserverait ce dispositif de négociation pour ces pays. Cette directive est importante. Sans elle, il n’y aura pas de salaire minimum dans les pays d’Europe centrale. Nous voulons à la fois éviter la paupérisation des travailleurs et lutter contre le dumping social.

Ouest-France