Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
CFDT Crédit Agricole Languedoc

Sans logement, pas de boulot ; sans boulot, pas de logement…

9 Février 2022, 10:41am

Publié par CFDT CA Languedoc

Dans son 27e rapport sur “L’état du mal-logement en France”, la Fondation Abbé Pierre dresse de nouveau le portrait d’un pays marqué par la précarité. Accentués par la crise sanitaire, les problèmes de logement continuent de fracturer profondément la société française.

Sans logement, pas de boulot ; sans boulot, pas de logement…

Le 2 février dernier, la Fondation Abbé Pierre (FAP) a voulu frapper un grand coup. À l’occasion de la publication de son rapport annuel sur le mal-logement, elle organisait son grand oral des candidats concernant leur programme en matière de logement, histoire de remettre ce thème au cœur des débats de la campagne présidentielle. Jeunes entravés dans leur accès à l’autonomie, habitants des quartiers populaires relégués, ménages précaires touchés par la hausse des loyers et des prix de l’énergie… : au final, « les plus pauvres restent les oubliés de ce quinquennat », a martelé Christophe Robert, le délégué général de la FAP. « Le pire a été évité mais les conséquences sociales de la crise ne sont pas derrière nous. Les associations d’aides alimentaires en sont un des indicateurs ; cette année, Les Restaurants du cœur – et ce n’est qu’un exemple – ont accueilli 10 % de personnes de plus. »

 

Beaucoup trop de chiffres alarmants continuent d’émailler ce bilan : « Notre pays compte 9,3 millions de pauvres, 4 millions de mal-logés et 300 000 sans-abris. 43 % des allocataires des APL ont froid chez eux, la précarité énergétique touche 12 millions de personnes, et il y a quelque 5 millions de passoires thermiques », égrène-t-il. Le plan « Logement d’abord », lancé en septembre 2017 par le gouvernement, quoique très positif dans ses orientations et les initiatives qu’il a suscitées, est resté trop limité au regard des coupes massives subies par le secteur HLM. Les réponses aux personnes à la rue ou sans domicile continuent à se limiter trop souvent à des solutions d’urgence très coûteuses et non durables.

 

300 000 SDF en 2021, deux fois plus qu’il y a dix ans

 

« Le 115 est éternellement débordé », affirme Frédérique Mozer, directrice de l’animation territoriale de la Fondation Abbé Pierre. De fait, environ 2 600 personnes sans solution d’hébergement ont été décomptées à Paris dans la nuit du 20 au 21 janvier 2022 lors de la Nuit de la Solidarité, dont l’objectif était de recenser des personnes qui dorment dans la rue. « On ne comptabilise pas les sans-abris qui dorment dans les locaux à poubelles ou les parkings. Les centres d’action sociale, les travailleurs sociaux et les citoyens nous alertent aussi. »

 

De son côté, la Dihal (Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement) recense encore 22 000 personnes dans des bidonvilles en métropoles. « 300 000 SDF en 2021, c’est deux fois plus qu’en 2012 ! C’est la réalité qui doit guider l’action publique, a répété Christophe Robert. Mais la réalité, c’est qu’il manque encore plus de 2 millions de logements sociaux, que l’on n’en a jamais aussi peu construits depuis quinze ans et que, depuis cinq ans, pas moins de 15 milliards d’euros d’économies ont été réalisées sur les aides au logement. »

 

À travers le Pacte du pouvoir de vivre, la CFDT relaie un cri d’alarme

 

Parmi les 90 propositions du Pacte du pouvoir de vivre, le pouvoir de vivre dignement passe par la possibilité d’accéder à un logement digne et durable. Il faut pour cela faciliter l’accès à des logements financièrement abordables, en augmentant massivement leur production et en revalorisant les aides personnelles au logement. Face à l’urgence, il faut également « relancer l’accession sociale à la propriété et investir massivement dans le logement social via le financement de 150 000 logements sociaux par an », peut-on lire dans le plaidoyer du Pacte. Beaucoup d’autres propositions seront soumises aux candidats à la présidence française – dont le retour de l’État dans le financement des aides à la construction, la mobilisation accrue du foncier public et privé ou la revalorisation des APL, levier essentiel du maintien des plus précaires dans le logement.

L’encadrement des loyers du parc privé dans les zones tendues est également une mesure indispensable, sachant que les marchés immobiliers ou le parc HLM ne permettent pas de répondre à l’ensemble des besoins des ménages modestes et moyens. « Expérimental et optionnel, il faudrait le pérenniser et le généraliser à toutes les métropoles tendues », dit le Pacte. Autre proposition récurrente, dont la CFDT se fait l’écho depuis plusieurs années : « La rénovation énergétique des logements doit devenir un des grands chantiers de la décennie, et [il faut] éviter qu’elle ne profite qu’aux plus aisés. » La CFDT compte bien, à son tour, interpeller les candidats sur ces sujets.

 

Claire Nillus, Journaliste

Syndicalisme Hebdo