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CFDT Crédit Agricole Languedoc

Sortie du charbon : le Crédit Agricole confronté à ses engagements

17 Février 2022, 10:46am

Publié par CFDT CA Languedoc

Selon l’ONG Reclaim Finance, en 2021, la banque française a encore accordé plusieurs prêts à des sociétés ayant pour projets – entre autres – l’expansion ou la construction de centrales ou de mines.

Sortie du charbon : le Crédit Agricole confronté à ses engagements

Les associations de défense de l’environnement qui avaient salué, en 2019, la « stratégie climat » du Crédit agricole déchantent. « Trois ans plus tard, la banque échoue à appliquer correctement sa politique » visant à cesser de financer les entreprises qui ne sortent pas du charbon, le plus polluant des combustibles, regrette l’ONG Reclaim Finance. Une critique exprimée à partir de données publiées, mardi 15 février, par vingt-huit ONG sur le financement de l’industrie charbonnière.

Plan de retrait progressif

Il en ressort qu’en 2021, la banque française a encore accordé plusieurs prêts à des sociétés ayant pour projets – entre autres – l’expansion ou la construction de centrales ou de mines. Une société suisse, Glencore (près de 416 millions de dollars, selon Reclaim Finance, soit près de 367 millions d’euros, outre une émission d’obligations). Deux japonaises : Marubeni et Itochu (166 millions de dollars chacune). Ou encore une russe, En+ Group (60 millions de dollars).

Ces quatre sociétés mènent des projets en Australie, en Afrique du Sud, au Vietnam, en Indonésie, au Japon et en Russie. Autant de pays où le recours au charbon semble avoir un peu plus de temps devant lui qu’en France, où les ultimes centrales, à Saint-Avold (Moselle) et Cordemais (Loire-Atlantique), doivent fermer en 2022 et 2024.

Le groupe bancaire établi à Montrouge (Hauts-de-Seine) s’est pourtant engagé à cesser de financer toute entreprise impliquée dans la production de charbon, après avoir déjà renoncé à soutenir tout projet directement lié à cette énergie. En 2020, il publiait les conditions valables « à partir de 2021 » pour « la poursuite de ses services financiers ». Charge à ses clients existants de présenter un plan de retrait progressif de leurs installations en exploitation et… de « ne pas développer de nouveaux projets ».

Malgré les prêts octroyés, le Crédit agricole assure ne pas avoir transgressé ses engagements. Son règlement comporte une « démarche progressive transitoire (…) sur la période 2020-2021 », celle-ci étant censée « permettre aux clients (…) de s’adapter ». Cette « période d’observation vient de s’achever », précise à présent la banque au Monde.

« Pouvons-nous faire confiance au secteur financier privé pour se réguler lui-même ? », demande Lucie Pinson, directrice de Reclaim Finance. Selon elle, « derrière la belle rhétorique » d’acteurs financiers et leurs engagements, la réponse serait « non ». D’où la nécessité, insiste-t-elle, d’instaurer un « mécanisme de sanction et de régulation ».

« Pas de moyen de contrôle et de sanction directe »

« Il faut que l’Etat contrôle l’application des stratégies de sortie du charbon et puisse sanctionner les acteurs qui ne les mettent pas en œuvre, avec des pénalités financières par rapport aux chiffres d’affaires des banques », estime Lorette Philippot, chargée de campagne « finance privée » pour les Amis de la Terre.

En 2018, le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, faisait part de sa volonté que « les banques, les assureurs, les gestionnaires d’actifs (…) arrêtent définitivement de financer les activités les plus nocives » d’un point de vue environnemental. Contacté, son ministère explique n’avoir « pas de moyen de contrôle et de sanction directe » sur ce plan-là. Malgré « une avancée », en 2019 : la création d’un Observatoire de la finance durable.

Faute de mieux, Reclaim Finance entend poursuivre une « série de contrôles de l’application des politiques adoptées par les acteurs financiers ». Selon les ONG, les banques internationales ont accordé encore une part considérable à l’industrie du charbon entre janvier 2019 et novembre 2021 : plus de 1 500 milliards de dollars, sous la forme d’émissions d’actions et d’obligations, ou de prêts.

lemonde.fr