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CFDT Crédit Agricole Languedoc

Comment Laurent Berger prépare la mue de la CFDT

28 Novembre 2012, 00:45am

Publié par CFDT CA Languedoc

Berger_Chereque-copie-1.jpgLa CFDT ouvre son assemblée générale aujourd'hui.
Laurent Berger, qui pilote depuis deux ans la refonte de l'organisation, va succéder à François Chérèque.
Pour financer son chantier de modernisation, la centrale va puiser dans sa caisse de soutien aux grévistes.

 

Un changement peut en cacher un autre à la CFDT. A l'occasion de son assemblée générale, demain et jeudi à Paris, Laurent Berger, quarante-quatre ans, va succéder à François Chérèque, leader confédéral depuis 2002. Nouvelle tête, même ligne : incontesté et adoubé de longue date, cet ex-conseiller nantais en insertion professionnelle, permanent syndical depuis plus de dix ans, s'inscrira dans les pas de son mentor pour creuser le sillon du « réformisme assumé ». Il pourra s'appuyer sur le statut retrouvé d'interlocuteur privilégié du pouvoir, à la faveur de l'arrivée à l'Elysée de François Hollande. Sur la forme, il devrait, fort d'un caractère bouillonnant, imprimer un style plus combatif.

Mais la vraie révolution en cours est ailleurs. Depuis 2010, Laurent Berger chapeaute le vaste chantier de refonte de l'organisation, dont l'AG va dresser un bilan d'étape. Décidé à profiter du climat interne apaisé pour bousculer les habitudes, il veut bâtir une CFDT« plus proche des salariés ». Symbole de cette volonté de changer d'ère, il dévoilera jeudi un nouveau logo. 

 

Nouveaux profils repérés

Le mouvement part du rapport « Osez le changement » établi en 2009 par Marcel Grignard, trésorier confédéral. Sans fard, ce dernier pointe « l'urgence » d'un aggiornamento culturel de la CFDT, soulignant que son statut de premier syndicat, en nombre d'adhérents, ne doit pas occulter l'obsolescence qui, comme ses concurrents, la menace. D'ici à dix ans, 20 % de ses adhérents et 60 % de ses militants seront partis à la retraite. Les mutations du salariat et du management, ainsi que la réforme de la représentativité, qui impose de gagner dans les urnes sa place à la table des négociations, finissent d'imposer une remise à jour des pratiques.

Priorité absolue de la CFDT version Berger : mieux accompagner les militants de terrain, qui se disent « trop isolés », pour renforcer le rôle des sections d'entreprise. Des réseaux de référents de sections et des rassemblements d'élus ont été testés localement avec des résultats jugés encourageants. Parallèlement, six unions régionales et fédérations ont lancé des formations dédiées aux militants les plus prometteurs. Une pratique inspirée de celle en place depuis 2001 dans les Pays de la Loire, dont vient Laurent Berger. Il veut faire émerger « des jeunes, des femmes et des personnes issues des minorités » et a déjà repéré des profils appelés à prendre à terme des responsabilités nationales.

Sur le fond, la CFDT veut rompre avec sa culture pyramidale et centralisatrice pour basculer sur une approche en réseau devant lui assurer plus de cohérence et de réactivité. Une réflexion est lancée sur l'articulation entre les différentes structures (sections d'entreprise, fédérations, régions, etc.). Des fusions ou suppressions sont a priori exclues - trop sensibles - mais la CFDT veut en finir avec « le sentiment diffus d'un millefeuille de structures, et donc de redites, d'un manque de lisibilité, parfois d'une concurrence », explique Jean-Louis Malys, secrétaire national, dans le journal interne de la CFDT. 

 

Syndicalisme de services

Cette volonté de repartir de la base, à laquelle François Chérèque a donné corps ces dernières années en lançant des tournées locales de responsables confédéraux, se traduira aussi par un recours accru aux enquêtes de terrain. Objectifs : affiner le cahier revendicatif...et casser l'image d'un syndicat snobant la base. « Le quotidien a tendance à nous happer vers "l'institutionnel" . Il faut remettre au cœur de la pratique militante les liens avec les salariés », insiste Hervé Garnier, secrétaire national. Autre outil clef : l'essor d'un syndicalisme de services. Des plates-formes téléphoniques de conseil juridique sont testées dans trois régions. Un succès, avec 100 appels hebdomadaires, sources de premiers contacts avec des non-syndiqués. Au point que les militants, d'abord sceptiques, s'ouvrent à une future généralisation.

Pour financer son « lifting », la CFDT va puiser dans son trésor de guerre, la « caisse nationale d'action syndicale ». Créée en 1974 pour soutenir les salariés en grève et alimentée par une partie des cotisations, elle est dotée de 140 millions d'euros, les rentrées dépassant chaque année les sorties dans une organisation peu va-t-en guerre. Un pactole qui fait pâlir de jalousie les autres centrales et lui confère un avantage certain à l'aube d'une recomposition du paysage syndical.


Source : Les Echos.fr