Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
CFDT Crédit Agricole Languedoc

L’Europe et la crise de la dette : 2-Europe et gouvernance

19 Septembre 2011, 22:28pm

Publié par CFDT CA Languedoc

Europe et gouvernance

Pour sortir les pays pris dans un cercle vicieux qui ne fait qu’aggraver leur déficit budgétaire, la solidarité européenne s’impose.








Gouvernance, mais que fait l’Europe ?

Les solutions pour résoudre la crise ne manquent pas mais des blocages persistent au sein des instances européennes.

Les sommets européens se succèdent depuis des mois, et pourtant aucune décision ne semble efficace. « Les chefs d’Etat et de gouvernement font systématiquement le choix de solutions a minima, pour constater deux à trois mois plus tard qu’elles sont insuffisantes et en rajouter une couche… toujours trop faible », fait observer Marcel Grignard. La pression des opinions publiques et les enjeux électoraux à court terme pour les dirigeants nationaux passent vraisemblablement avant les risques que font peser la crise sur l’Union européenne. « Les gouvernements n’ont malheureusement pas voulu associer le Parlement européen dans la gestion de la crise, regrette Sylvie Goulard, députée européenne (MoDem) membre de la Commission parlementaire des affaires économiques et monétaires. Plutôt que des sommets de chefs d’Etat et de gouvernement où chacun défend ses intérêts nationaux, je pense que les solutions doivent venir d’instances comme le Parlement où le débat démocratique a lieu. »


La Commission et le Parlement européens ne manquent pourtant pas de propositions. Si les marchés financiers ne sont pas directement en cause dans les déséquilibres budgétaires des Etats, ils ont grandement contribué à jeter de l’huile sur le feu. « C’est l’augmentation artificielle des taux d’intérêt qui a provoqué l’insolvabilité du Portugal, de l’Espagne ou de l’Italie. Sans la spéculation des acteurs financiers, ces pays étaient tout à fait capables de rembourser leurs dettes », indique Pascal Canfin. Le député européen (Europe Ecologie) a obtenu la majorité du Parlement européen pour faire interdire certains produits financiers qui favorisent cette spéculation. Les négociations avec les Etats sont en cours pour faire aboutir le texte. Mais « alors qu’il pourrait les protéger, des pays en difficulté craignent que les marchés l’interprètent comme une agression. Cela en dit long sur les rapports de force entre Etats et marchés ! », constate Pascal Canfin, pour qui « on ne pourra emprunter le chemin vers la discipline budgétaire sans avoir désarmé les marchés des outils spéculatifs».


De son côté, la Commission européenne a annoncé sa volonté de promouvoir son projet de taxe sur les transactions financières auprès des chefs d’Etat et de gouvernement lors du G20 qui se tiendra à Cannes début novembre. Elle a aussi lancé une consultation en vue d’émettre des emprunts pour financer de grands projets européens dans les transports et les télécommunications, la recherche et « tout ce qui peut augmenter la compétitivité », selon Michel Barnier, commissaire européen. Ces « project bonds » seraient différents des « eurobonds », qui, eux, seraient directement émis sur les marché pour mutualiser la dette de tous les pays de la zone Euro. La Commission européenne va publier un rapport d’ici la fin de l’année sur la mise en place de ces eurobonds. Mais des réticences demeurent, notamment de la part de l’Allemagne et des pays du Nord. « Les pays qui ont fait des efforts de gestion budgétaire n’apprécient pas la désinvolture des autres. Ils ont de bonnes raisons : pourquoi payer pour ceux qui ont mal géré ?», souligne Sylvie Goulard qui a introduit le sujet des eurobonds au Parlement européen. Et de rappeler qu’au sein de l’Union européenne « nous ne nous sommes pas dotés d’instruments communs de contrôle et la vertu budgétaire n’a pas été au rendez-vous ». Le Parlement européen est cependant parvenu à trouver un compromis en votant en juin dernier à la fois pour une discipline budgétaire commune et les eurobonds. Mais les gouvernements nationaux risquent de continuer à bloquer ces avancées.


Le déficit démocratique dans le processus de décision des institutions européennes touche aussi les partenaires sociaux. La Confédération européenne des syndicats (CES) et la CFDT demandent un renouveau du dialogue social, afin que les partenaires sociaux soient associés à la réflexion des Etats sur la coordination de leurs politiques économiques et budgétaires. Des menaces pèsent notamment sur l’établissement des salaires, les poussant de plus en plus à la baisse. C’est aussi un risque de déstabilisation de l’Euro. « La concurrence sociale entre les Etats-membres est dramatique. L’Union européenne doit absolument établir un socle social pour éviter une spirale descendante », met en garde Marcel Grignard. C’est en ce sens que la CES organise une euro-manifestation à Wroclaw (Pologne) le 17 septembre dernier, appelant à un New Deal européen qui se fait terriblement attendre.

N. F.

Illustrations : Nini La Caille