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CFDT Crédit Agricole Languedoc

Laurent Berger : "Il n’y a pas d’amélioration des conditions de travail possible sans écoute des salariés"

17 Juillet 2013, 23:04pm

Publié par CFDT CA Languedoc

40 ans ANACT

L'Anact fête ses 40 ans cette année. Pour l'occasion, anact.fr est allé à la rencontre de Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT.

Trouvez-vous que les conditions de travail ont beaucoup changé depuis l’époque où votre père était ouvrier sur les chantiers navals à St Nazaire ?

Si les conditions de travail se sont forcément un peu améliorées, elles n’en demeurent pas moins un sujet prégnant de préoccupation. Mon père était soudeur aux chantiers navals. Il a eu un accident du travail quand j’avais 10 ans. Il s’est pris le pied dans un câble, s’est cassé la rotule et a dû être reclassé. Il y a malheureusement toujours des accidents du travail aujourd’hui. Les conditions de travail restent d’actualité en termes de protection individuelle du salarié comme de prévention collective.

 

Qu'est ce qui a motivé votre engagement syndical ?

L’envie de prendre une part active dans ma vie de salarié et de changer les réalités de travail. Être salarié, ce n’est pas seulement fournir un travail en contrepartie d’un salaire, c’est aussi vouloir être respecté, dire son mot sur l’organisation du travail, sur ses droits. Mon engagement a été motivé par un conflit sur une suppression de poste lorsque j’étais surveillant d’externat. J’ai été ensuite délégué du personnel pour que mes collègues et moi soyons entendus face à la direction. Dans tout engagement, il y a une part d’indignation mais aussi une volonté de changer les choses.

 

Y a-t-il des spécificités en matière de conditions de travail dans le secteur associatif où vous avez travaillé ?

Le secteur associatif est très vaste. Je travaillais dans l’insertion de chômeurs de longue durée. Nos conditions de travail étaient caractérisées par la confrontation à des publics difficiles. Cela générait une charge mentale importante, soit parce qu’il était difficile de prendre du recul par rapport à des personnes en situation de détresse, soit parce qu’il y avait un peu d’agressivité de leur part. Avec la section syndicale, nous avions demandé une salle de pause pour pouvoir prendre du recul. Nous avions aussi obtenu, qu’une fois par mois, le directeur écoute les salariés sur la façon dont ils vivaient leur métier. C’est un secteur où il y a besoin d’échange sur les pratiques professionnelles. Tout métier, et c’est une de nos revendications dans le cadre de la négociation sur la qualité de vie au travail, nécessite qu’il y ait du temps d’expression sur la pratique professionnelle. C’est d’autant plus vrai pour les métiers en lien avec l’humain.

 

À la CFDT, vous étiez jusqu’alors en charge du dossier TPE-PME: quels sont les enjeux de conditions de travail pour ces entreprises et comment les aider ?

À la CFDT, en ce qui concerne les très petites entreprises, nous demandons qu’il y ait un espace de dialogue social inter-entreprises où l’on puisse débattre, discuter des conditions de travail. Cette instance paritaire rassemblerait des représentants élus des salariés des TPE et des représentants des employeurs sur un secteur donné. À la CFDT, nous pensons que les conditions de travail sont l’un des sujets majeurs de dialogue social dans l’entreprise. Les salariés des TPE sont confrontés, à titre individuel, à des risques, avec peu de moyens de réagir, faute d’espace de dialogue pour le faire.

 

Les travaux de l'Anact ont-ils contribué à nourrir les réflexions de la CFDT autour des questions du travail ?

Nos équipes travaillent depuis longtemps avec l’Anact et son réseau. En voici deux exemples récents : l’approche par la question du travail pour traiter des risques psychosociaux et la façon dont l’Anact appréhende la qualité de vie au travail. En 2010, nous avons travaillé avec l’Anact dans le cadre d’une convention sur la construction des accords d’entreprises sur la prévention des RPS. Sur la QVT, l’approche de l’Anact nous a confortés dans notre opinion qu’il faut une prise en charge globale du travail, au plus près du quotidien des salariés. Ainsi, lors de notre dernier congrès, nous avons positionné le travail comme un enjeu prioritaire. L’Anact nous a apporté sa conviction de l’importance du dialogue social dans l’entreprise pour traiter de l’organisation du travail, à partir d’un diagnostic partagé. Les propositions que la CFDT porte dans la négociation sur la qualité de vie au travail et l’égalité professionnelle ont été directement nourries par les travaux de l’Anact.

 

Vous venez de prendre la tête de la CFDT fin 2012, quelles sont pour vous les priorités à venir en matière d'amélioration des conditions de travail ?

Le  risque pour nous serait que, dans un moment de crise majeure de l’emploi, le travail ne soit plus considéré comme une question prioritaire au niveau syndical et dans les entreprises. La qualité du travail est pour nous un facteur d’engagement des salariés et de performance économique. Notre priorité est de montrer que l’amélioration des conditions de travail et de la qualité de vie au travail ne sont pas une contrainte mais une source de compétitivité et de performance. Elles contribuent à la production de valeur pour l’entreprise au même titre que les investissements financiers. Plus concrètement, nous continuons à lutter contre les risques tels que le travail de nuit, les charges physiques et l’exposition aux produits cancérogènes qui ont un impact sur l’usure professionnelle et l’espérance de vie. Nous voulons traiter la prévention de la pénibilité et sa réparation, ainsi que la prévention des risques par le dialogue social, par l’implication des salariés sur leur lieu de travail. Il n’y a pas d’amélioration des conditions de travail possible sans écoute des salariés.

Source: anact.fr