Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
CFDT Crédit Agricole Languedoc

Le Crédit agricole veut éviter un retrait brutal de Grèce

15 Juin 2012, 13:10pm

Publié par CFDT CA Languedoc

Emporiki-Bank logofiliale

 

 

 

 

Le Crédit Agricole va-t-il se retirer de Grèce, où il possède la cinquième banque du pays, Emporiki? La question se pose depuis plusieurs semaines, mais le Wall Street Journal a fait monter la pression, jeudi 14 juin, à trois jours d'élections décisives à Athènes, en annonçant que le scénario était à l'étude. De quoi échauffer les esprits, en laissant à penser à un départ précipité du pays et un abandon brutal d'Emporiki, alors que la peur d'une sortie de la Grèce de la zone euro gagne du terrain à l'approche du scrutin. 

L'hypothèse d'un retrait de Grèce de la banque française fait effectivement partie des hypothèses de travail du Crédit Agricole SA, dont les actionnaires, les Caisses Régionales, n'en peuvent plus de voir la facture d'Emporiki s'alourdir (6 milliards d'euros déjà), depuis son rachat en 2006 et souhaitent arrêter de payer. Quel que soit le sort que se choisit le pays - rester dans la zone euro ou en sortir -, le Crédit Agricole  aimerait tourner la page d'un investissement malheureux, et qu'elle regrette.

Cependant, selon nos sources, quelle que soit l'issue des élections, il ne saurait être question d'un retrait brutal de la banque française d'Athènes. Si départ il y avait - ce qui n'est pas tranché -, il s'agirait d'un départ "en sifflet", organisé en douceur et concerté avec les autorités de tutelle en France et en Grèce.

 PAS DE RÉÉDITION DE L'AFFAIRE ARGENTINE 

Les dirigeants du Crédit Agricole, dont Jean-Paul Chifflet, Directeur Général de Crédit Agricole SA, ne veulent pas d'une réédition de l'affaire argentine, où la banque avait brutalement quitté le pays après la crise financière de 2001- 2002, provoquant la polémique. " Le Crédit Agricole assumera ses responsabilités vis-à-vis de la Grèce, confie un proche des réflexions. Passé une période de vifs débats internes, puis d'abattement, la banque veut se donner le temps de peser le poids de ses décisions futures : continuer en Grèce, sous une forme différente, se rapprocher d'une autre banque ou arrêter les activités ".

De son côté, la Banque de France a dit aux dirigeants du Crédit Agricole son souci que, si désengagement il y a, cela se fasse en douceur, de la manière la plus propre possible. Toujours selon nos sources, des discussions en ce sens ont eu entre l'autorité de tutelle et l'état-major de la banque. Le gouverneur de la Banque de France et ses équipes suivent le dossier quotidiennement. La direction du Trésor est également vigilante.

Dans ce contexte politique trouble, l'idée privilégiée à ce jour par le Crédit Agricole - qui n'a jamais caché qu'il avait cherché, dans un passé récent, à vendre sa filiale grecque, en vain- serait de pouvoir trouver un partenaire en Grèce, pour reprendre son stock de crédits. Sur ce point, des discussions seraient en cours localement, même si tout le système bancaire est aux abois et s'il est compliqué de trouver un "adosseur"... Si la Grèce sortait de l'euro, d'emblée, les choses seraient différentes puisque le retour à la drachme serait vraisemblablement suivi par une nationalisation du système bancaire grec.

Le Crédit Agricole, actionnaire d'Emporiki, se retrouverait de fait dépossédé de sa filiale, qui basculerait dans le giron de l'Etat... In fine, quels que soient les scénarios, le coût de la Grèce pour le Crédit Agricole devrait être important, mais contenu à environ 5,2 milliards d'euros, en sus des 6 milliards déjà investis à fonds perdus.

Une facture salée mais que les autorités de tutelle bancaires françaises disent absorbables par la banque en regard des 70 milliards d'euros de capitaux propres du groupe. Peu disert, le Crédit Agricole rappelle qu'il a toujours soutenu Emporiki, malgré la crise grecque, et que la sortie d'Athènes de l'euro n'est pas son scénario privilégié.

Lors de l'assemblée générale des actionnaires, le 22 mai, M.Chifflet a déclaré, de manière explicite, que la ligne de conduite de la banque française en Grèce dépendrait de trois paramètres clés : le maintien du pays dans la zone euro, la pérennité de la confiance des déposants dans le système bancaire grec et la possibilité pour Emporiki d'accéder au refinancement auprès de la Banque nationale de Grèce, un accès qui continue de lui être interdit, malgré ses demandes, en raison de son statut de banque étrangère.


© Le Monde.fr