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CFDT Crédit Agricole Languedoc

Négocier, une chance historique pour les syndicats ?

17 Septembre 2012, 19:30pm

Publié par CFDT CA Languedoc

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En fixant aux syndicats et au patronat un cadre très ambitieux de négociations sociales, le gouvernement donne une formidable occasion aux syndicats de s'affimer comme des acteurs incontournables en France. C'est ce que soutient le ministre du Travail, mais aussi la CFDT, qui organisait hier à Paris un colloque sur les 30 ans des lois Auroux.

C'est devant un ministre du Travail arborant d'éclatantes chaussettes roses que François Chérèque, le secrétaire général de la CFDT, l'a souligné hier : en France, le rôle des syndicats et des élus du personnel n'a pas été reconnu sans douleur. Il fallut l'explosion sociale de 1968 pour que les syndicats rentrent véritablement dans l'entreprise avec la reconnaissance de la section syndicale.
Le "chiffon rouge" des lois Auroux
Les lois Auroux de 1982, à l'origine de l'obligation de négocier ou encore de la création du CHSCT, ont elles-mêmes donné lieu à un très vif débat politique et idéologique. Il y a 30 ans, renforcer le rôle des représentants du personnel dans l'entreprise équivalait pour une partie de la droite et du patronat à « agiter un chiffon rouge », a résumé Michel Sapin, l'actuel ministre du Travail alors jeune député socialiste. (*) 
"En France, la place du syndicalisme et du dialogue social n'a jamais été simple", a renchéri hier François Chérèque. Le secrétaire général de la CFDT a rappelé que les syndicats furent surtout considérés, après la seconde guerre mondiale, comme des gestionnaires d'organismes paritaires (assurance maladie, vieillesse, etc.) ou des gestionnnaires d'activités sociales et culturelles dans les comités d'entreprise, davantage que des interlocuteurs à part entière capables de parler de la stratégie d'une entreprise ou d'une évolution législative sur le droit du travail.
Démocratie sociale
Cet accouchement difficile d'une "démocratie sociale" demeure fragile, le terme restant obscur dans l'opinion. "Quand le président Hollande parle des partenaires sociaux à la télévision, je sais moi ce qu'il veut dire. Mais les Français ?", s'interroge le ministre du Travail. 
Pour ce dernier, les négociations que l'exécutif propose aux syndicats et au patronat constituent donc un pari important, quasiment d'ordre historique : "Ces négociations peuvent construire un nouveau dialogue social à la française".
Rappelons en effet que François Hollande et son gouvernement socialiste demandent aux syndicats et au patronat de négocier en quelques mois un accord réformant le marché du travail (précarité, procédures de licenciements collectifs, droits des salariés, etc.) ainsi que les prérogatives des élus du personnel avec une meilleure information en amont des élus de CE dans l'entreprise.
"Adapter la France au monde économique d'aujourd'hui"
Il s'agit rien moins que d'adapter la France au monde économique d'aujourd'hui, a soutenu hier Michel Sapin, "en faisant jouer aux partenaires sociaux pleinement leur rôle avant la loi". Ce moment est capital, dit le ministre, "étant donné l'urgence sociale". Ce faisant, le gouvernement donne une responsabilité énorme au patronat et aux syndicats -écrasante, diront certains. 
L'offre de négociation du gouvernement représenterait donc une chance historique pour les syndicats, n'est pas loin de penser également François Chérèque : "Le ministre ne peut pas le dire en ces termes pour des raisons diplomatiques, mais le discours des responsables politiques à notre égard est le suivant : vous voulez jouer un rôle et que celui-ci soit reconnu par le législateur ? Et bien, faites vos preuves !" 
Autrement dit : parvenez à un accord avec le patronat sur des sujets importants et le législateur suivra ! Car l'heure est grave, dramatique même sur le front de l'emploi. "Avec le chômage que nous avons, vous imaginez la réaction des salariés si rien ne se passe, si les syndicats n'obtiennent pas d'accord ? Quelle serait notre crédibilité ? Nous ne pouvons pas louper le coche", nous a d'ailleurs confié, en aparté, un secrétaire de la CFDT. 
"Pour un accord le plus large possible"
D'une prudence de sioux sur le contenu souhaitable de ces accords issus des négociations, Michel Sapin a néanmoins souhaité qu'ils donnent lieu à "l'accord le plus large possible", un accord largement signé ayant plus de poids. 
Quant à la représentativité des signataires côté patronal, le ministre a dit qu'il s'agissait d'un vrai chantier à mener, mais en 2013, pas dans l'immédiat. Question de priorité et de stratégie, sans doute : "Ce n'est pas le moment de chatouiller" le patronat là-dessus, a-t-il laissé entendre. 


(*) A l'époque, a confié Michel Sapin, "j'étais un jeune député socialiste et j'ai rédigé certains amendements pour rétablir l'équilibre du texte, lorsque Jean Auroux perdait certains arbitrages"... 



Des discussions compliquées
L'approche de la CFDT quant aux futures négociations voulues par le gouvernement n'est pas forcément partagée par les autres organisations syndicales. Par exemple, la CGT a déjà rappelé à François Hollande les exigences sociales des salariés qui ont voté pour lui, sur le thème : "Entre le patronat et les syndicats, vous devrez choisir. Prenez vous-aussi vos responsabilités !" 
Le syndicat, qui avait élaboré avec la CFDT et le Medef la position commune ayant entraîné la réforme de la représentativité syndicale, retrouve là un registre plus revendicatif.
D'autre part, l'insistance du gouvernement sur la méthode de négociation ne doit pas occulter la gravité des sujets à aborder (la flexibilité du travail, les garanties apportées aux salariés dont l'emploi est menacé, etc.) et donc la différence de points de vue à l'intérieur des syndicats d'une part, et entre le patronat et les syndicats d'autre part. Autrement dit, la dynamique d'une négocation ainsi que les rapports de force entre les acteurs permettront-ils d'aboutir à des compromis de part et d'autre, et ces compromis seront-ils souhaitables pour les salariés ? Des questions sensibles à suivre de près...
Par Bernard Domergue

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